Sarkozy-Poutine : Jean-David Levitte remet les pendules à l'heure

Publié le par La rédaction

Sarkozy-Poutine : Jean-David Levitte remet les pendules à l'heure

Conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, Jean-David Levitte fut l'homme de tous les sommets et de toutes les négociations diplomatiques. Le 7 juin 2007, il accompagne l'ancien président de la République au G8 d'Heiligendamm en Allemagne. Il dément fermement que l'entretien en tête-à-tête entre Vladimir Poutine, alors Premier ministre de la Russie, et Nicolas Sarkozy ait pris le tour véhément que certains lui prêtent. Il apporte ici des détails sur ce que se sont réellement dit les deux hommes d'État.

« Ce G8 s'est déroulé un mois après l'élection de Nicolas Sarkozy. C'était sa première rencontre avec Vladimir Poutine ainsi qu'avec la plupart des chefs d'État présents. Le tête-à-tête s'est déroulé en tout petit comité. En plus des deux interprètes, il y avait côté français mon adjoint Damien Lorcas, David Martinon, porte-parole du président, et moi-même. Dans les premières minutes, Nicolas Sarkozy a effectivement énuméré un certain nombre de sujets qui fâchent, souvent relatifs aux droits de l'homme. Vladimir Poutine l'a écouté puis répliqué qu'à ses yeux il existait également en France des sujets de discorde qui mettaient en jeu les droits de l'homme. Un point partout en somme, et nous en sommes restés là : le ton n'a pas monté et il n'y a eu aucun échange d'insultes. Puis, on nous a apporté du café et des chocolats que Nicolas Sarkozy a goûtés avec plaisir. Tiens, toi aussi tu es addict au chocolat ! s'est amusé le Premier ministre russe. S'en est suivi une discussion badine et gastronomique sur ce sujet. J'invite ceux qui brodent des romans sur la teneur de ce tête-à-tête à lire le Verbatim de cette rencontre qui est conservé aux archives de l'Élysée.

Une autre preuve que cette rencontre n'a pas tourné au pugilat est l'examen de la crise géorgienne qui s'est déroulée l'année suivante. En août 2008, nous sommes au Stade olympique de Pékin pour l'inauguration des JO. Nous apprenons que les troupes russes ont passé la frontière. Nicolas Sarkozy s'entretient immédiatement avec Poutine. Qu'apprends-je ? Tes troupes ont envahi la Géorgie ? On a été provoqués, répond-il du tac au tac ! Donne-moi 48 heures pour tenter de régler le conflit, propose alors le président français. Dans un premier temps, le leader russe refuse, avant d'entrouvrir la porte de la négociation. La France assurait alors la présidence de l'Union européenne et chacun se souvient des efforts diplomatiques que nous avons menés pour régler cette crise. Quelques jours plus tard, nous discutions à Moscou avec Poutine et Dmitri Medvedev, le président russe de l'époque. Ces efforts diplomatiques ont abouti à la signature d'un accord qui a conduit quelques semaines plus tard au retrait des troupes russes entrées en Géorgie en août. Croyez-vous que cet accord aurait vu le jour si les relations entre Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine avaient été aussi dégradées et orageuses que l'on veut bien le rapporter maintenant ?

Je m'étonne que l'on puisse colporter avec tant d'assurance des propos qui se seraient tenus lors du G8 d'Heiligendamm. L'interprète comme les trois témoins français de la rencontre n'ont jamais rapporté la teneur de cet entretien bilatéral. Et je doute fort que la partie russe s'y soit risquée...»

PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME BÉGLÉ

lepoint.fr

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