L'interview de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro

Publié le par La rédaction

"Je veux convaincre ces Français de ma détermination et de mon énergie à mettre en œuvre une alternance forte."

Qu’estimez-vous avoir le mieux réussi dans cette campagne?

On verra aux résultats ce qui a été réussi. J’avais dit que je jouerais cartes sur table, en disant la vérité. J’ai écrit un livre, Tout pour la France, pour placer le débat de la primaire sur cette exigence de lucidité et porter un diagnostic sérieux sur les défis que la France doit relever. Nous avons, tout au long de cette campagne, rythmé les thèmes qui ont été au centre de la primaire: une nouvelle politique d’immigration, la lutte contre un islam politique, les questions de la baisse des impôts, la problématique de la solidité de la future majorité avec, ou non, la présence de François Bayrou. Je crois que l’on peut dire que c’est notre campagne qui a fixé les thèmes de la primaire.

Et le moins réussi?

Ce sont aussi les résultats qui pourront dire si la campagne a été réussie ou ratée. Comme toujours en matière politique, c’est la décision des électeurs qui fera ou non la différence.

Vos concurrents vous reprochent d’avoir mené campagne à coup de polémiques pour occulter le fond…

C’est l’éternel décalage entre une petite partie de la classe politique et des élites, et la volonté du peuple. Il n’y a nul esprit de polémique quand on dit qu’il existe un roman national et que chaque Français en est le dépositaire. Et c’est toujours un peu désolant de voir une partie de la droite reprendre les critiques éculées de la gauche. Quand j’affirme qu’il ne doit pas y avoir d’exception à la règle républicaine, c’est un vrai débat. Alain Juppé n’est ni choqué par le burkini, ni choqué par le voile. Il a défendu les accommodements raisonnables. Je pense au contraire qu’il doit n’y avoir qu’une seule règle. Là où certains de mes concurrents veulent y voir de la polémique, je vois au contraire de la lucidité et l’expression d’une préoccupation des électeurs français face à ce qu’ils considèrent comme le délitement de notre identité nationale. Je considère que c’est important, c’est le droit de mes concurrents de penser que c’est anecdotique. C’est une différence assez centrale.

Alain Juppé, dans son discours du Zénith, accusait certains politiques de «courir après le Front national». Sans vous citer, il vous visait?

C’est une maladie de la droite de toujours se tromper d’adversaire et de cultiver l’esprit de division. Pour ma part, je ne critique pas ceux qui ont été dans mes gouvernements. Et Alain Juppé, qui fut mon ministre, se souvient certainement que lorsque j’ai été président de la République, le Front national était moins élevé qu’à toute autre époque. Ceci posé, quand le FN se fait l’expression d’une crainte populaire, si la droite républicaine refuse de l’entendre, il se passera pour la droite française ce qui s’est passé pour la droite autrichienne ou la droite anglaise, ou même aux États-Unis: elle sera débordée !

L’antisarkozysme reste présent dans l’électorat. Le redoutez-vous?

Je ne sais pas de quel électorat vous parlez. Dans celui de la droite et du centre, je cherche encore où est l’antisarkozysme. Je veux convaincre ces Français de ma détermination et de mon énergie à mettre en œuvre une alternance forte. C’est en offrant un choix clair que l’on recréera la confiance.

Sur quoi les derniers jours de campagne se feront-ils pour créer la différence?

L’élection de Donald Trump est un fait politique important qui montre que les États-Unis vont défendre leurs intérêts avec plus de force encore que ce n’était le cas jusqu’à présent. Compte tenu de leur importance et de la gravité des défis que nous avons à relever pour notre pays, il est certain que la question de l’expérience, de l’énergie, de la volonté de protéger les Français et la France sera un élément structurant du vote à la primaire. Avec moi les choses sont claires: personne n’imposera à la France quoi que ce soit qui ne serait pas dans l’intérêt des Français. Personne ne peut douter de ma détermination. Personne ne peut me dénier mon expérience des négociations internationales, et ce, quelle que soit la personnalité de ceux qui sont en face de la table.

Votre personnalité pèserait donc davantage que certaines thématiques?

Je vous donne mon sentiment. Dans ces temps difficiles, où les intérêts dans le monde se défendent sans faiblesse, où la Russie est présidée par une forte personnalité comme M. Poutine, où la Chine est dirigée par une grande personnalité comme M. Xi Jinping, où les États-Unis viennent d’élire M. Trump, je pense que nombreux sont les Français qui n’ont pas envie qu’à la politique impuissante de François Hollande succède une présidence immobile.

Mediapart a mis en ligne un témoignage de Ziad Takieddine, expliquant vous avoir remis des valises d’argent libyen.

Je n’ai que mépris pour cette officine qui depuis des années essaye sans succès de me salir, du procès Bettencourt à l’affaire Kadhafi pendant la campagne présidentielle de 2012. À chaque fois, ce sont des informations sans fondement qui sont démenties par les faits. Monsieur Takieddine a dit à la justice ne pas m’avoir rencontré depuis 2003, et maintenant il invente une nouvelle version. C’est une manœuvre nauséabonde pour interférer dans la primaire de la droite et du centre. J’opposerai donc le mépris à ces injures et à cette grossière manipulation. La justice en sera saisie.

Comment la France doit-elle réagir à l’élection de Donald Trump sur le plan économique?

Je ne veux ni du protectionnisme ni de la naïveté. Ce n’est pas du protectionnisme que de demander que l’Europe se dote des mêmes instruments de défense commerciale que les États-Unis, le Brésil ou la Chine. Au nom de quoi devrions-nous accepter que les marchés publics partent à des entreprises qui ne produisent pas en Europe, alors même que les États-Unis exigent, pour les mêmes marchés publics, que les produits soient, pour moitié, fabriqués sur leur territoire? Entre protectionnisme et naïveté, il y a un équilibre. Le devoir d’un homme d’État, c’est de défendre les intérêts fondamentaux de son pays.

Donald Trump a beaucoup parlé de la réindustrialisation et de la peur des classes moyennes face à la mondialisation. Ressentez-vous ces mêmes inquiétudes?

Je suis extrêmement préoccupé — et je crois avoir été le premier à en parler-par le déclassement des classes moyennes. Qu’est-ce que ça veut dire? C’est la certitude que vous avez de vivre moins bien que vos parents et, surtout, c’est la conviction que vos enfants vivront moins bien que vous. C’est aussi une autre réalité. La mondialisation n’est pas qu’heureuse. Elle a représenté un progrès pour toute une partie des habitants de la planète mais elle a conduit à une paupérisation des classes moyennes en Occident. Il faut donc lutter pour protéger notre industrie et ne pas oublier la France périphérique, celle des campagnes. Nous ne pouvons pas accepter que la totalité de l’industrie française et européenne disparaisse. On ne peut pas tirer un trait sur cette question centrale en disant : « C’est du populisme, on n’en parle pas ! »

Craignez-vous une remontée des taux d’intérêt que l’on constate depuis l’élection américaine?

C’est précisément parce qu’on sait que, dans les années qui viennent, les taux d’intérêt vont augmenter qu’il faut réformer très vite, dès l’été 2017, en baissant les dépenses publiques de 100 milliards d’euros. François Hollande a dilapidé l’effet de la baisse des taux en multipliant les dépenses publiques nouvelles. Nous devons faire le contraire et ainsi protéger la France d’une remontée des taux, en ayant réformé avant qu’elle ne se manifeste. On ne désendettera pas notre pays si nous ne tournons pas le dos à la frénésie fiscale qui a cassé la croissance économique depuis cinq ans.

Auriez-vous aimé qu’un thème soit plus abordé durant la campagne?

Je trouve que cette campagne s’est plutôt déroulée dans de bonnes conditions et que la thématique de la politique économique, et de la nécessité absolue de baisser les impôts pour les classes moyennes comme pour les entreprises, a malgré tout été présente. J’aurais souhaité qu’elle soit davantage abordée mais un effort significatif a été fait. Je pense que l’ensemble des débats a permis d’éclairer les positions des différents candidats sur le sujet. Il y a une différence avec mes deux concurrents: François Fillon veut une augmentation de deux points de la TVA, Alain Juppé veut une augmentation d’un point de la TVA. Je m’oppose à toute forme d’augmentation des impôts.

Un thème a-t-il été trop abordé?

Non, par définition, les thèmes ne sont pas trop abordés! Je réponds aux questions que l’on me pose et les préoccupations des Français sont multiples.Je ne crois pas que l’on puisse dire, parce que l’on parle de sécurité, que l’on sous-estime l’économie. La sécurité, l’économie, l’identité nationale, l’éducation, la santé sont des thèmes qui doivent être évoqués sans que l’un ne fasse de l’ombre à l’autre. Il faut les aborder et y répondre. C’est l’enjeu de la primaire pour trancher une ligne politique.

Pour vos adversaires, François Bayrou a occupé trop de place.

Je ne partage pas du tout ce point de vue. La question de la composition de la future majorité est centrale. Pendant cinq ans, nous avons eu un président otage d’une majorité plurielle, otage des écologistes, otage du Front de gauche, otage de l’extrême gauche, chacun ayant obtenu son «Fessenheim» sur le tapis vert des négociations. Je ne veux pas que le président demain soit otage de qui que ce soit et surtout pas d’un François Bayrou, avec lequel j’ai des désaccords de fond! Cela fait trois quinquennats qu’il vote avec constance pour la gauche. François Bayrou veut une tranche à 50 % de l’impôt sur le revenu, veut la régularisation des sans-papiers, s’est opposé à notre réforme des retraites de 2010, et n’a pas soutenu l’interdiction du port du voile à l’école. Qu’avons-nous en commun? Alain Juppé lui ayant promis un groupe au Parlement, la cohérence de la majorité parlementaire pourrait demain être remise en cause. Ce n’est pas un petit sujet, c’est un sujet central.

Comment accueillez-vous la candidature d’Emmanuel Macron?

Qu’il se présente au suffrage des Français, qui peut le lui reprocher? Pour le reste, je n’ai pas d’autres commentaires car la responsabilité de l’alternance repose exclusivement sur nos épaules.

Comprenez-vous la remontée de François Fillon dans les sondages?

On verra ce qu’il en sera. Je dis depuis le début de la campagne que les sondages n’ont pas grande signification. Les seuls qui décideront, ce sont les Français. Ils sont très lucides. Rappelons-nous qu’ils sont partis se coucher après qu’on leur a dit qu’il n’y aurait pas de Brexit ou qu’Hillary Clinton serait élue. Ils se sont réveillés avec le Brexit et l’élection de Donald Trump. Dans trois jours, vous aurez les résultats du premier tour et, là, on pourra en parler. D’ici là, c’est du temps perdu!

Si vous ne vous qualifiez pas pour le second tour, appellerez-vous à voter pour l’un des finalistes?

Je suis engagé dans une campagne forte pour être présent au second tour et ensuite pour être vainqueur du scrutin.

toutpourlafrance.fr

Publié dans Interwiew

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