L’interview de Nicolas Sarkozy dans Valeurs Actuelles

Publié le par La rédaction

Tout pour la FranceMalgré les vents contraires et les sondages qui l’annoncent battu au second tour de la primaire, Nicolas Sarkozy avance et cogne. Dans son viseur, la “présidence du statu quo” d’Alain Juppé et l’“alternance molle” que ce dernier prépare avec François Bayrou. Son bilan, ses promesses, ses espoirs ; l’immigration, les frontières, l’islam : l’ancien président de la République utilise ses dernières cartouches. Et tire à balles réelles.

On peut penser qu’une immense majorité des électeurs de la droite et du centre appelés à voter à la primaire a déjà glissé dans l’urne un bulletin à votre nom, en 2007 ou en 2012. Ces électeurs ont aujourd’hui le choix entre sept candidats, et une majorité d’entre eux, si on en croit les sondages, s’apprête à voter pour un autre : pourquoi devraient-ils vous faire confiance à nouveau ?

Parce que j’ai un diagnostic lucide au sujet de notre société. Des petits-enfants nés en France se sentent moins français que leurs grands-parents, qui, eux, n’ont pourtant pas été éduqués ici. Nous avons eu 238 morts en moins de deux ans, assassinés par des terroristes islamistes. Nous connaissons un taux de chômage plus de deux fois supérieur à celui de l’Allemagne et un niveau d’impôts parmi les plus élevés d’Europe. Nous assistons à une perte généralisée de l’autorité de l’État, à la montée de l’insécurité et même à des violences contre nos forces de l’ordre et nos enseignants. Nous allons connaître un choc migratoire sans précédent, avec l’explosion démographique de l’Afrique. Et un conflit entre chiites et sunnites déchire le monde arabe.

Si, comme moi, on partage ce diagnostic, la seule solution, c’est une énergie indomptable au service d’une alternance véritable. J’ai cette énergie, cette volonté et cette expérience. Mais si on pense, à l’inverse, que le tableau n’est pas si sombre, que l’on peut s’accommoder de la situation, que nous sommes dans “l’identité heureuse”, alors on peut choisir une alternance molle. À mes yeux, ce serait une erreur grave.

François Hollande a gagné en 2011 en faisant la synthèse. Ne craignez-vous pas que cette règle ne s’applique à la primaire de la droite, en favorisant un candidat plus consensuel que vous ?

Absolument pas. François Hollande a gagné en 2011 parce qu’il n’y a pas eu de débat à gauche. J’ai d’ailleurs une obsession : que la primaire de la droite soit plus utile au débat démocratique que la primaire de la gauche. Je m’explique : l’échec du quinquennat de François Hollande était tout entier contenu dans les mensonges et les non-dits de cette primaire, qui n’a permis de trancher aucun débat de ligne politique et n’a engendré que des compromissions.

Qu’est-ce qui, fondamentalement, vous diff érencie d’Alain Juppé ?

À la “présidence normale” ne peut pas succéder une “présidence du statu quo”. La demi-mesure ne peut pas être une stratégie, étant donné la gravité des problèmes que nous allons devoir affronter. Par ailleurs, nous ne partageons pas la même vision de la majorité parlementaire. Je veux qu’elle soit unie sur toutes les valeurs qui la rassemblent et qu’elle soutienne le programme de réformes. Je refuse de bâtir une majorité de circonstance. C’est la raison pour laquelle je refuse que le MoDem et François Bayrou occupent cette place centrale.

Je pose d’ailleurs la question : qu’a promis Alain Juppé ? Quelle part du projet politique du MoDem sera mise en oeuvre ? La régularisation des sans-papiers ? le droit de vote des étrangers ? la création d’une tranche supplémentaire d’impôt sur le revenu ? la proportionnelle aux élections ? Quelle sera donc l’importance de François Bayrou dans la future majorité ? Combien de députés aura-t-il ?

C’est un débat politique majeur. Je refuse que la future majorité soit prise en otage comme François Hollande l’a été avec la frange gauche de sa majorité et les écologistes. Je ne serai pas l’otage d’un groupe parlementaire qui aura été offert à François Bayrou, encore moins des accords programmatiques électoraux négociés dans le dos des Français.

Pourquoi ce combat contre François Bayrou ?

Je veux rappeler quelques éléments très simples : en 2006, François Bayrou a voté la motion de censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Le président de l’époque ne s’appelait pas Nicolas Sarkozy, il s’appelait Jacques Chirac. En 2009, il a voté la motion de censure contre le gouvernement de François Fillon. En 2010, il a voté contre la réforme des retraites, pourtant soutenue et demandée par la famille centriste depuis tant d’années.

En 2012, il vote pour François Hollande. En 2015, il a déclaré que s’il avait été député, il n’aurait pas voté la motion de censure contre le gouvernement de Manuel Valls. En 2015 ! Hier ! Celui qui nous sortira du socialisme sera-t-il celui qui s’allie avec la personne qui nous a fait entrer dans le socialisme ? À la violence de l’attaque personnelle de François Bayrou, je préfère poser la question fondamentale de la clarté de l’alternance que nous devons proposer aux Français.

Mais vous prônez, vous aussi, une alliance avec le centre, par l’intermédiaire de l’UDI…

L’UDI est le vrai centre. Celui qui fait le choix d’une alliance avec la droite et qui accepte les candidatures uniques. Pas le centre girouette, qui est avec nous le lundi pour gagner la ville de Pau, et le mardi appelle à voter pour François Hollande. Avec le vrai centre, nous avons des valeurs en partage : la reconstruction de l’Europe, la reconnaissance de nos racines chrétiennes, l’humanisme que l’on doit mettre dans toutes nos politiques publiques. En revanche, je n’accepte pas les déclarations de certains dirigeants de l’UDI qui assurent qu’ils ne respecteront le résultat de la primaire que si le candidat qu’ils se sont choisi gagne. C’est un manque incontestable de loyauté à l’égard des électeurs de la primaire.

Vous avez évoqué votre tempérament. Le sarkozysme se définit-il comme une énergie, ou aussi comme un logiciel ?

Le sarkozysme, c’est une lucidité. Poser les problèmes tels qu’ils sont. Et une volonté, parler au peuple de France. Ces histoires de “logiciel” me sont égales. Un exemple : je ne dis pas qu’il faut baisser les impôts car je suis de droite ou par libéralisme, mais parce qu’il faut cesser de désespérer les classes moyennes et les familles matraquées depuis 2012. Je ne me situe donc pas sur une échelle idéologique. Certes, je suis de droite, mais je suis pragmatique.

Êtes-vous libertaire ou conservateur ? Lorsque vous dites « si ça vous fait plaisir », en novembre 2014, au meeting de Sens commun, à propos de l’abrogation du “mariage pour tous”, vous donnez le sentiment de ne pas vous intéresser à ces questions.

Je suis incontestablement quelqu’un qui aime l’autorité et l’ordre. Sur le reste, pour vous dire le fond de ma pensée, je suis toujours gêné de parler d’orientation sexuelle dans le débat politique. Je l’ai longuement évoqué dans la France pour la vie, en expliquant pourquoi je ne revenais pas sur le mariage homosexuel. Je préfère faire des propositions concrètes pour la famille : être intraitable sur la filiation et l’opposition à la GPA ; refus de la fiscalisation des allocations familiales et du plafonnement du quotient familial ; suppression des charges patronales sur les emplois familiaux ; baisse de 10 % de l’impôt sur le revenu.

Ferez-vous ce que vous promettez ? C’est l’interrogation majeure de vos électeurs, qu’ils soient médecins ou ouvriers. Beaucoup ont été déçus par votre quinquennat…

Durant mon quinquennat, je n’ai jamais manqué du soutien de l’électorat de ma majorité parlementaire ni de sa confiance. D’après vous, comment se fait-il qu’en 2012, je fasse 27,2 % au premier tour et 48,4 % au second ? Si je m’étais trompé sur la gestion de la crise en 2008, on m’en parlerait encore matin, midi et soir.

Vous me parlez des médecins : à la différence d’autres responsables politiques de droite, je n’ai jamais eu de problème avec eux. En 2017, je supprimerai, à l’instant où je suis élu président, le tiers payant généralisé : ça, ils le comprennent très bien. Vous me parlez des gens modestes, des travailleurs : qui a créé les heures supplémentaires défiscalisées ? Vous voulez parler des très riches ? Je n’avais pas dit que je supprimerais l’ISF, j’avais dit que je mettrais en place le bouclier fiscal, dans lequel j’inclurais l’ISF. L’ai-je fait ? Oui. L’autonomie des universités, le service minimum dans les transports en commun, je l’ai fait aussi. Et je n’ai jamais reculé devant la rue, y compris sur le passage de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. Pas une fois.

Vous aviez aussi promis que les énarques seraient beaucoup moins présents dans les cabinets ministériels. C’est symbolique, mais…

S’il suffisait de supprimer l’Ena pour résoudre les problèmes de la France… D’ailleurs que ferait-on ensuite pour les responsables politiques qui en seraient issus ? … J’ai toutefois tiré les conclusions de tout cela : si je suis élu, lors du premier Conseil des ministres, nous changerons les 35 directeurs d’administration centrale les plus importants. Sans doute ai-je péché par naïveté en acceptant par le passé leurs combats d’arrière-garde. Voilà pourquoi je suis désormais partisan du spoil system, c’est-à-dire la nomination de directeurs d’administration qui partageront notre programme de réformes, sur lesquels les ministres pourront s’appuyer. [En vigueur aux États-Unis, où l’on s’assure en début de mandat de la loyauté des hauts fonctionnaires, NDLR.]

Vous critiquez souvent Najat Vallaud-Belkacem et sa vision de l’école, mais pourquoi avoir, en 2009, supprimé l’enseignement de l’histoire-géographie dans certaines filières au lycée ? Il est vrai que je ne partage pas la vision de l’école de la ministre pour qui il faut « lutter contre l’ennui ». La suppression de l’histoire en terminale S avait pour objectif de recentrer cette classe sur sa vocation scientifique, les “vrais littéraires” étant ainsi incités à aller en L.

En 2017, je ferai plusieurs réformes pour l’école. Premièrement, nous instaurerons un CP+ pour que tous les enfants de CP qui ont des difficultés d’apprentissage puissent bénéficier d’un accompagnement renforcé. Deuxièmement, je supprimerai immédiatement la réforme des rythmes scolaires. L’école n’est pas faite pour apprendre la poterie ou à se mouvoir dans l’espace. Je supprimerai ensuite la réforme du collège, car je crois au classement, aux notes, au mérite. L’histoire sera apprise de manière chronologique. Les classes bilingues, les bourses au mérite et les internats d’excellence seront rétablis. Je suis favorable à la réintroduction des humanités et à la suppression de l’apprentissage des langues d’origine des familles des élèves (Elco).

Il faut plus d’autonomie des proviseurs et des établissements. Faisons confiance à des enseignants mieux payés, qui n’auront pas à se définir par rapport à la théorie du genre, à l’enseignement en bloc de l’histoire ou à tout autre débat idéologique. Je n’ai donc rien à voir, vous le voyez, avec Mme Vallaud-Belkacem.

Vous faites une campagne, dites-vous, basée sur la lucidité. Question simple : y a-t-il trop d’immigrés en France ?

Oui. Je pense que nous en avons trop accueilli ces trente dernières années. Cela a paralysé tout notre système d’intégration. Aujourd’hui nous avons deux travers à éviter : celui de l’angélisme de l’intégration heureuse et celui de l’extrémisme car je n’ai pas un problème de principe à la différence de Mme Le Pen. Moi, je pense que nous avons un problème de quantité.

À Calais, quelle était selon vous la proportion de réfugiés de guerre ?

Il y avait des situations individuelles différentes. Il n’y avait certainement pas que des réfugiés de guerre dans la “jungle”, sinon, cela aurait été très simple de leur donner des papiers et de régler le problème. Je profite d’ailleurs de cet entretien pour poser publiquement la question au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve : qu’avez-vous promis aux gens qui sont sortis de Calais ? Ont-ils vocation à rester en France ? Allez-vous leur donner des papiers ? Pourquoi n’ont-ils pas été reconduits dans leurs pays ?

Je connais malheureusement la réponse : ces migrants vont être régularisés au fil de l’eau, bien entendu ! De mon côté, je veux revenir sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme qui permet, au titre des liens familiaux qu’ils auraient tissés en France, à tant d’étrangers en situation irrégulière de rester sur notre territoire. C’est plus de 20 000 cas annuels, en jouant sur ce regroupement familial au sens élargi.

Vous proposez un “Schengen II” et, faute d’adoption de ce nouvel accord, le rétablissement des frontières nationales. Cela signifie-t-il que, si vous gagnez, le 8 mai 2017, au lendemain de votre élection, il y aura des gardes aux frontières ?

Oui. Il y aura un rétablissement des contrôles effectifs à toutes les frontières.

Quelle a été votre réaction en découvrant dans la récente enquête de l’Institut Montaigne qu’un jeune Français musulman sur deux place la charia au-dessus des lois de la République ?

Le sentiment que notre cohésion sociale et nationale était menacée. Mais ce n’est pas mon caractère de penser que nous sommes en train de perdre. Il faut réinstaurer la règle. Et aucune exception à la règle. Je n’accepterai jamais des horaires de piscine différents pour les hommes et pour les femmes. Je n’accepterai jamais que le grand frère, l’oncle ou le mari choisisse le sexe du médecin à l’hôpital pour une femme. Je n’accepterai jamais des menus spécifiques : si certains ne mangent pas de porc chez eux, eh bien, le jour où il y a du jambon et des frites à la cantine, on laisse le jambon de côté, et on se sert un peu plus de frites. Je n’accepterai pas le port du voile chez de jeunes étudiantes à l’université.

Nous avons deux adversaires : un islam djihadiste et un islam politique. Ce dernier teste la résistance de la République. Si on n’oppose pas à cela la règle républicaine, demain, les jeunes filles françaises musulmanes perdront toute liberté. Si on ferme les yeux aujourd’hui sur ce problème, la République perdra l’égalité de l’homme et de la femme, et la liberté de la femme, deux combats qui sont au coeur de notre histoire.

Est-ce un problème d’islam politique ou d’islam tout court ?

L’islam pose deux questions difficiles. D’abord, il n’y a pas de hiérarchie. Or celle-ci protège souvent d’une dérive sectaire. Par ailleurs, la critique et l’exégèse font partie de la tradition judéo-chrétienne, selon laquelle les textes doivent pouvoir être interprétés. Ce n’est pas le cas dans l’islam. Une fois qu’on a dit ça, on ne va pas empêcher nos compatriotes musulmans de pratiquer leur religion. Mais il faut organiser une autorité religieuse pour habiliter les imams. Il faut des prêches compatibles avec les valeurs de la République. Nous devons fermer les écoles islamistes privées qui ne respecteraient pas nos valeurs, comme nous devons expulser les imams radicaux s’ils sont étrangers. Il y aura un moment de vérité. Ce sera difficile. Mais c’est nécessaire.

Vous ne croyez toujours pas aux sondages ?

L’analyse de ces sondages démontre un phénomène incontestable : Alain Juppé est majoritaire à gauche et au centre, et je le suis dans l’électorat de droite. Je suis à l’aise avec ce diagnostic. Il s’explique pleinement par le fait que mon projet est fidèle aux valeurs de notre famille politique et à l’esprit de cette primaire.

Vous avez récemment dit que vous voteriez pour François Hollande en cas de second tour Hollande-Le Pen. Est-ce une remise en cause de la stratégie que vous défendiez jusqu’alors — le “ni-ni” (ni PS ni FN dans les seconds tours où la droite est éliminée) —, adoptée par votre parti au moment des élections cantonales puis régionales ?

Ma position n’a pas varié. J’ai toujours été opposé au front républicain et donc au désistement de la droite au second tour des élections locales et législatives. Pour l’élection présidentielle, la question est d’une nature totalement différente car il s’agit d’élire le chef de l’État, le chef des armées, celui qui conduira la politique de la nation et représentera la France pendant cinq ans. Pour le reste, tout cela repose sur un scénario hautement improbable, car il faudrait que la gauche batte la droite au premier tour de l’élection. Si je suis candidat, c’est bien pour incarner cette alternance véritable avec le socialisme et François Hollande.

Les Français vivront-ils mieux après cinq nouvelles années de présidence Sarkozy ?

Oui, car l’impôt sur le revenu baissera de 10 %, l’impôt sur la fortune sera supprimé, les successions en ligne directe jusqu’à 400 000 euros par part seront exonérées de taxes, les entreprises verront leurs charges baisser de 34 milliards d’euros. Je n’augmenterai pas les impôts, là où d’autres candidats veulent augmenter la TVA pour tous les Français, après 50 milliards d’impôts de plus grâce à François Hollande.

Nous aurons des débats durs : 300 000 fonctionnaires de moins, la durée du temps de travail dans la fonction publique portée à 37 heures, le rééquilibrage du calcul des retraites entre le public et le privé, la dégressivité des allocations chômage remise en place, mais je les assumerai. Ma conviction profonde, c’est que la France n’est pas finie et qu’il faut lui donner les moyens de s’en sortir.

valeursactuelles.com

Publié dans Interwiew

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