Interview de Nicolas Sarkozy dans Les Nouvelles Calédoniennes

Publié le par La rédaction

L’État doit retrouver une place centrale dans l’animation de l’accord de Nouméa

Alors que vous faisiez l’unanimité en 2012, la famille loyaliste est plus divisée face à la primaire de la droite et du centre. Pensez-vous pouvoir la rassembler derrière vous ?

Je veux d’abord remercier Maurice Ponga ainsi que l’ensemble des militants bénévoles qui organisent cette primaire en Nouvelle-Calédonie. La période qui arrive sera marquée par la fin de l’accord de Nouméa. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours considéré que l’intérêt de la Nouvelle-Calédonie, et des Calédoniens eux-mêmes, c’est de rester dans la France. Je l’avais d’ailleurs affirmé publiquement, en tant que président de la République, lors de mon déplacement en Nouvelle-Calédonie en août 2011. Dans la période extrêmement sensible qui arrive, les Calédoniens savent qu’avec moi, il n’y aura pas d’ambiguïtés, d’indécisions ou d’hésitations à la tête de l’État. Je pense que cette position claire, ancienne et connue des Calédoniens, est de nature à rassurer, et donc à rassembler.

Le sénateur Pierre Frogier est toujours convaincu de la nécessité d’un troisième accord. Pensez-vous toujours que cela soit la meilleure solution pour la Calédonie ? Si oui, que pourrait- il contenir et selon quelles échéances ?

Je partage avec Pierre Frogier l’idée selon laquelle l’État doit retrouver une place centrale dans l’animation de l’accord de Nouméa. À force de ne vouloir fâcher personne, et surtout pas leurs alliés indépendantistes, les socialistes ont laissé le dossier calédonien au point mort depuis cinq ans. Il faut donc changer de méthode, et préparer sérieusement l’échéance de 2018. Ce que souhaite l’immense majorité des Calédoniens, indépendantistes ou non, c’est vivre ensemble dans la paix. La question c’est comment y arriver. Si je suis élu président de la République, j’organiserai, dès l’été 2017, des « États généraux de l’avenir » en Nouvelle-Calédonie. Pendant six mois, des ateliers thématiques, animés par des personnalités calédoniennes, se réuniront dans chaque commune en invitant l’ensemble de la population à expri- mer son point de vue sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Il s’agira non seulement de recueillir le sentiment des Calédoniens sur l’après-accord de Nouméa, mais aussi sur le projet de société qu’ils souhaitent pour les années à venir. Une restitution générale de cette vaste consultation sera effectuée au début de l’année 2018, sous ma présidence. Je suis toujours prêt, comme je l’avais dit dans mon discours de Païta en août 2011, à faire évoluer l’accord de Nouméa, sous réserve qu’il y ait un large consensus local pour cela. Nous donnerons la parole directement aux Calédoniens : à eux de nous dire comment ils voient les choses, et aux responsables politiques, ensuite, de traduire concrètement le mandat qu’ils auront ainsi reçu.

Un président de la République peut-il encore réellement choisir une autre voie que le référendum d’autodétermination tel que prévu par l’accord de Nouméa ? Que répondre aux indépendantistes qui demandent le respect à la lettre de cet accord ?

Il faudra écouter ce que les Calédoniens nous diront lors des « États généraux de l’avenir ». Mais sauf large consensus pour en décider autrement, une consultation pour ou contre l’indépendance aura lieu en novembre 2018, c’est-à-dire dans exactement deux ans. Il est donc grand temps de s’y préparer activement et même d’appréhender la suite. Je pense, notamment, aux conséquences pour les indépendantistes d’un résultat qui confirmerait le maintien de la Calédonie dans la France. Dire « c’est l’indépendance ou rien », comme si c’était à prendre ou à laisser, c’est prendre la responsabilité de ten- sions de plus en plus vives au fur et à mesure que nous nous approcherons de la consultation. Personne ne peut nier que la Nouvelle-Calédonie, qui a vu naître la revendication indépendantiste portée par Jean-Marie Tjibaou, a profondément changé depuis les années 80. Sous l’effet d’un meilleur partage des responsabilités, tout le monde a appris à vivre ensemble, sans contester la légitimité de l’autre. Et la possibilité que le maintien dans la France l’emporte lors de la première consultation est une hypothèse à considérer sérieusement. Il faut que les indépendantistes préparent aussi ce scénario, et fassent des propositions destinées à préserver les acquis des négociations passées, dans le cadre d’une Nouvelle-Calédonie dans la France.

La situation économique de la Nouvelle-Calédonie, et notamment celle de l’industrie du nickel, se dégrade fortement. Pensez-vous que la France, qui connaît ses propres difficultés, puisse encore aider à la relancer ?

La Nouvelle-Calédonie dans la France, ça veut aussi dire que quand la Nouvelle-Calédonie va mal, elle doit pou- voir compter sur l’appui résolu d’un grand pays comme le nôtre, qui sait se faire respecter des entreprises internationales du secteur. Des dizaines de milliers de familles calédoniennes dépendent du nickel et sont inquiètes pour leur avenir : je ne les laisserai pas tomber. Donc oui, l’État doit s’impliquer fortement dans ce dossier, tout simplement parce que les difficultés du nickel en Nouvelle-Calédonie, c’est un problème national. Quelle est la situation ? Les trois usines de Nouvelle-Calédonie sont, pour des raisons différentes, en difficulté. L’urgence, c’est donc de sécuriser le fonctionnement de court terme, et l’État doit y prendre sa part. Mais il faut aller plus loin : puisque les trois opérateurs sont en réflexion sur leur devenir, tirons en parti pour définir une stratégie industrielle commune, qui profite davantage aux Calédoniens. Cette stratégie industrielle commune doit être préparée avec l’État et les institutions de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi avec les rouleurs, les petits mineurs, les sous-traitants, bref l’ensemble des métiers de la mine. Et naturellement, en y associant les trois opérateurs actuels. Les enjeux sont connus, et les atouts de la Nouvelle-Calédonie sont nombreux : la crédibilité et le poids de la France au niveau mondial ; un savoir-faire humain et technologique en pointe par rapport à la quasi-totalité de ses concurrents ; des gisements très riches dont certains ne sont pas encore exploités, et parfois même pas encore attribués. Si je suis élu chef de l’État, je lancerai ce grand chantier minier dès les premières semaines de ma présidence. Car ne nous y trompons pas : il n’y a pas d’un côté la préparation de la fin de l’accord de Nouméa, et de l’autre la question de la stratégie nickel en Nouvelle-Calédonie. Ces deux sujets sont intimement liés, il faut donc les traiter simultanément.

Vous prônez une baisse du nombre de fonctionnaires d’État. Ne craignez-vous pas que cela soit perçu, en Calédonie, comme un désengagement de l’État ?

Non. Je propose simplement le retour au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, à l’exception des effectifs des forces de sécurité pour lesquelles je souhaite une présence accrue et surtout une meilleure réponse pénale face à l’insécurité. Comme vous pouvez vous en rendre compte dans cet entretien, je ne suis pas vraiment partisan du désengagement de l’État en Nouvelle-Calédonie, bien au contraire…

Jusqu’ici relativement préservée, la Calédonie s’inquiète de la montée de l’insécurité. L’État a- t-il des réponses à apporter ?

Je voudrais d’abord exprimer mon soutien le plus total aux forces de l’ordre en Nouvelle-Calédonie, qui font leur travail dans un contexte particulièrement difficile : les événements récents au Mont-Dore viennent encore de le rappeler. En 2007, alors que la Nouvelle-Calédonie connaissait de nombreux blocages liés à des conflits sociaux, j’avais nommé Yves Dassonville comme haut-commissaire pour rétablir l’ordre républicain, ce qui a été fait. Malheureusement depuis 2012, la Nouvelle- Calédonie, comme l’Hexagone, a été victime de la politique de désarmement pénal de notre justice menée par le gouvernement socialiste. Nous devons tourner le dos à cette culture du laxisme et de l’impunité, sans compter qu’il sera difficile d’avoir des discussions sereines sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie si la sécurité quotidienne de ses habitants n’est pas assurée. Je soutiens donc pleinement le plan proposé par les Républicains de Nouvelle-Calédonie pour lutter contre l’insécurité, en s’attaquant à l’abus d’alcool et à la délinquance des mineurs, et en renforçant à la fois les moyens d’intervention des forces de l’ordre mais aussi la réponse pénale. Il faut même aller plus loin. J’ai no- tamment proposé de rétablir les peines planchers, supprimées en 2012, car le délinquant doit vivre avec la certitude qu’il sera condamné. Je souhaite aussi réformer l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, afin d’abaisser la majorité pénale à 16 ans, au lieu de 18 ans actuellement. On voit bien que le délinquant de 16 ou 17 ans d’aujourd’hui ne doit pas relever du « juge des enfants », mais bien du juge judiciaire clas- sique. Il faut enfin responsabiliser les familles, c’est la raison pour laquelle je propose un service militaire obligatoire, qui pourrait s’inspirer du SMA que vous connaissez bien ici, pour les jeunes qui ne sont ni sur les bancs de l’école, ni au travail après leurs 18 ans. Et si les familles refusent, elles verront leurs allocations familiales supprimées : je le proposerai en tous les cas aux institutions de Nouvelle-Calédonie. Le rétablissement de la sécurité pour tous les Calédoniens, ça doit être une priorité non-négociable de l’État. Il ne peut pas exister de zones de non-droit, pas plus en Nouvelle-Calédonie qu’ailleurs en France.

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Publié dans Interwiew

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