Nicolas Sarkozy: mon projet économique pour la France

Publié le par La rédaction

Nicolas Sarkozy: mon projet économique pour la France

« Mon projet est fondé sur des valeurs largement partagées en France: le travail, le mérite, la famille, l'équité entre le public et le privé »

Interviewé par Le Figaro, Nicolas Sarkozy détaille son projet économique pour la France

Votre stratégie économique repose sur une baisse des impôts couplée à une réduction des dépenses. Pouvez-vous nous expliquer ce choix?

NICOLAS SARKOZY.- La seule question importante est de savoir quelle doit être la stratégie économique qui permettra à la France de retrouver le plein-emploi. C'est une stratégie en tous points différente de ce qu'on a vécu depuis cinq ans. Elle consiste effectivement à voter dans les trois mois qui suivront l'élection présidentielle un plan de réduction de la dépense publique de 100 milliards d'euros et de baisse des impôts de 40 milliards. Ces mesures seront votées immédiatement et concomitamment, j'insiste sur ce point. Il ne s'agit pas pour moi de baisser les impôts puis, plus tard, de voter les économies, ou inversement de commencer par un plan de rigueur sans rien faire pour baisser les impôts. Je veux que les deux soient votés en même temps, car l'un ne peut aller sans l'autre. C'est ce plan, et uniquement celui-là, qui nous permettra de créer un choc de confiance, de retrouver de la croissance, de baisser fortement le chômage, de réduire le déficit et la dette et de nous prémunir d'un risque de hausse des taux d'intérêt.

Y compris si cette stratégie entraîne, dans un premier temps, une dégradation de nos finances publiques qui nécessitera une discussion avec nos partenaires européens?

Le prochain président de la République, quel que soit son nom, héritera d'un déficit largement supérieur à 3 % du PIB en 2017. Gilles Carrez, président de la commission des finances, dit qu'il sera à 4 % et le Haut Conseil des finances publiques l'a lui-même dit au gouvernement, en infligeant un démenti cinglant au budget qu'il vient d'annoncer pour l'année prochaine. Pourquoi? Parce que les chiffres sont tout simplement faux. Les recettes sont surestimées, les dépenses sous-estimées. Personne n'a vu la couleur des 50 milliards d'euros d'économies que François Hollande a annoncés en grande pompe en 2014. Au contraire, il multiplie les nouvelles dépenses. La France est le seul pays d'Europe qui augmente le nombre de fonctionnaires, avec encore 14.000 postes créés en 2017, accroît la masse salariale de l'État de 4 %, et nous en sommes, depuis janvier, à 10 milliards de dépenses nouvelles pour l'année prochaine! Cela veut donc dire que la négociation avec Bruxelles et nos partenaires européens sera le passage obligé pour tout nouveau gouvernement en 2017. Ce n'est pas moi qui vais imposer la discussion. C'est la réalité des comptes que nous laissera François Hollande.

Avez-vous des garanties qu'ils nous accorderont un nouveau délai?

J'ai une grande expérience des négociations européennes et je peux vous garantir que nos partenaires attendent de la France qu'elle ait une stratégie globale

J'ai une grande expérience des négociations européennes et je peux vous garantir que nos partenaires attendent de la France qu'elle ait une stratégie globale, permettant non seulement de réduire les déficits mais aussi de renouer vite avec la croissance et la baisse du chômage. Et deuxièmement nos partenaires européens ont besoin de voir des actes, pas des mots. Ils ont subi cinq années d'engagements non tenus par François Hollande, donc seul ce que nous aurons concrètement fait voter nous redonnera du crédit. Des actes et pas des mots, c'est exactement que ce que je propose. J'irai leur parler après avoir déposé en Conseil des ministres en juin 2017 les mesures qui permettront d'atteindre 100 milliards d'euros d'économies en cinq ans, et les 40 milliards d'euros de baisses d'impôts. Après, pas avant. Donc ils verront la réalité des économies qui seront votées dans les trois mois suivant l'élection, notamment en matière de retraites, d'assurance-maladie ou d'assurance-chômage. À partir du moment où toutes les mesures d'économies auront été votées sous trois mois, et qu'elles s'accompagneront simultanément d'une baisse des impôts et d'une réforme du marché du travail qui répondront totalement au blocage français en matière de croissance, nous n'aurons aucune difficulté à ce qu'ils acceptent que nous repassions sous la barre des 3 % en 2019, pour renouer avec l'équilibre à la fin du quinquennat. Encore une fois, ce qui décrédibilise la France en Europe, c'est la succession de promesses de réduction des déficits et des dépenses publiques jamais confirmées par aucune réforme depuis cinq ans. Ce que je propose, c'est de commencer par les actes.

Les baisses d'impôts que vous annoncez concernent pour une grande part les ménages.

Oui. Et toutes les mesures fiscales que je propose seront votées en même temps que les mesures d'économies avant septembre 2017. Je veux réduire l'impôt sur le revenu de 10 %, soit 7 milliards d'euros de moins. Nous exonérerons complètement de charges patronales les emplois à domicile au niveau du smic et les heures supplémentaires seront à nouveau défiscalisées. Les successions seront exonérées jusqu'à 400.000 euros et pour tous les revenus tirés de l'épargne, les Français auront la possibilité d'opter pour un prélèvement libératoire de 26 %, prélèvements sociaux inclus. Je souhaite également que les plus-values immobilières ne soient plus taxées après 15 ans de détention du bien, alors qu'il faut jusqu'à 30 ans aujourd'hui. L'ISF sera supprimé car on ne peut pas rester un des derniers pays en Europe avec un tel impôt si l'on veut redonner de la compétitivité à notre pays. Je suis convaincu que la France ne renouera jamais avec la croissance si elle n'annule pas immédiatement une grande partie du choc fiscal que François Hollande a imposé aux Français depuis 2012.

Quelles économies mettez-vous en face de ce programme?

Je mets 2,5 fois plus d'économies que de baisses d'impôts. Et je précise que ce besoin d'économies a été calculé avec des hypothèses très prudentes en matière notamment de croissance, et sans compter dans les économies, au contraire de ce que font d'autres candidats, l'effet de la baisse attendue du chômage. Je parle d'économies structurelles. C'est un gage de ma crédibilité et de ma volonté de réformer et de réduire les déficits. 60 milliards d'euros seront économisés sur la protection sociale. Une réforme des retraites, votée dès l'été, prévoira un premier report de l'âge de départ à 63 ans en 2020 et 64 ans en 2025. Sur le quinquennat, cela fait économiser 15 milliards. L'Assurance-maladie, elle, contribuera à hauteur de 31 milliards à l'effort de redressement, via la baisse de 76 % à 73 % du taux de remboursement des médicaments - taux auquel la France restera le pays où l'on rembourse le mieux - ou le maintien de l'objectif de croissance des dépenses de santé (Ondam) à 1,75 %, contre une tendance naturelle à la hausse de 4 % par an. La réforme de l'assurance-chômage, avec notamment la mise en place d'une dégressivité des allocations-chômage (- 20 % au bout de 12 mois puis - 20 % au bout de 18 mois) rapportera quant à elle 4 milliards d'euros, la mise en place d'une aide sociale unique, en lieu et place du maquis actuel, 3 milliards. La priorité sera donnée à la création d'emplois marchands, avec les baisses de charges pour les entreprises, ce qui réduira très fortement les 3 milliards de coût de tous les emplois aidés dans le secteur non marchand. J'ajoute que l'aide médicale d'État sera supprimée.

Vous prévoyez également des économies sur les fonctionnaires…

La réduction de la masse salariale des administrations est un autre volet important d'économies, de 20 milliards

La réduction de la masse salariale des administrations est un autre volet important d'économies, de 20 milliards. Ils seront d'abord récupérés par la suppression de 300.000 postes de fonctionnaires en 5 ans. On reprend le rythme de non-remplacement d'un agent sur deux partant à la retraite dans la fonction publique d'État, et on l'étend aux collectivités locales. Je ferai une seule exception : pour les forces de sécurité. On en discutera avec les associations d'élus et, si ça ne fonctionne pas, on adoptera un dispositif contraignant, quitte à réformer la Constitution pour que l'autonomie des collectivités territoriales ne fasse pas obstacle à l'impératif de baisse des dépenses publiques. Parallèlement, je veux réorganiser le temps de travail des fonctionnaires en faisant passer la durée hebdomadaire de 35 à 37 heures, et fonder l'avancement sur le mérite et non sur l'ancienneté. Je veux par ailleurs mettre fin à des spécificités du secteur public devenues injustifiables et incompréhensibles pour les salariés du privé: je pense au mode de calcul de la rémunération du temps partiel dans le public, bien plus favorable que dans le privé, et à la nécessité d'introduire deux jours de carence pour les arrêts maladie. Enfin, 20 milliards supplémentaires seront obtenus en cinq ans en réformant en profondeur les structures administratives, à travers la fusion d'opérateurs, le gel des dépenses de fonctionnement de l'État ou la rationalisation des achats publics de collectivités. Quant à la fonction publique hospitalière, on accordera l'autonomie aux hôpitaux, comme nous l'avions fait avec les universités, avec la possibilité de décider, établissement par établissement, du temps de travail et donc du seuil où commencent les heures supplémentaires.

Que proposez-vous comme baisse des prélèvements sur les entreprises?

Je propose de baisser de 34 milliards d'euros les cotisations patronales, dont la moitié serait le produit du CICE annulé, de manière à avoir une exonération totale de charges au niveau du smic et dégressive jusqu'à 1,6 smic. J'assume, contrairement à certains de mes concurrents, de centrer ces baisses des cotisations sur les seuls bas salaires. Cette mesure est la seule qui nous permettra de créer massivement et rapidement des emplois. Le problème du chômage en France est massivement celui des travailleurs non qualifiés: 80 % des demandeurs d'emploi n'ont pas le bac, 40 % n'ont aucun diplôme.

Quel rôle, selon vous,doit avoir l'État actionnaire?

Si l'État est actionnaire d'une entreprise, et encore plus s'il en est le premier actionnaire, il doit peser, et non plus être atteint de ce syndrome du «j'étais pas au courant». Aujourd'hui, et on le voit chez Alstom, où est l'État? En 2004, j'ai fait entrer l'État dans le capital d'Alstom qui était en quasi-faillite. Nous avons joué notre rôle, redressé l'entreprise et revendu nos parts en dégageant un bénéfice. Depuis, Alstom a été démantelé. J'ajoute que le rôle de l'actionnaire État est aussi de supprimer les régimes spéciaux des gaziers et électriciens, des cheminots, des pilotes de ligne… Ces cinq dernières années, le gouvernement n'a cessé de multiplier les mesures qui ont pénalisé nos grandes entreprises, à commencer par celles dans lesquelles il a une participation. SNCF, EDF, Air France ou encore Areva, toutes ont subi des décisions qui les ont affaiblies ou pénalisées. Ma vision est simple: réduire la participation de l'État dans les entreprises pour lesquelles une présence à un tel niveau ne se justifie plus, quitte à avoir à la place des protections juridiques pour nous permettre de garantir le respect de nos intérêts nationaux, avoir un vrai rôle d'actionnaire dans celles dans lesquelles il restera, avec un gouvernement qui aura une politique de réforme cohérente avec sa place d'actionnaire.

Je suis le seul à proposer une stratégie qui baissera les impôts en même temps que les dépenses publiques

Quelles sont les différences fondamentales de votre programme avec celui de vos concurrents?

Je suis le seul à proposer une stratégie qui baissera les impôts en même temps que les dépenses publiques. Sur les impôts, Alain Juppé veut augmenter la TVA, alors que François Hollande l'a déjà fait en 2012. Est-ce vraiment cela l'alternance? Je ne le pense pas et je suis d'ailleurs le seul à proposer une baisse de l'impôt sur le revenu. Je suis également le seul à financer l'intégralité des baisses d'impôts par des réductions, bien supérieures, de dépenses publiques votées dès le départ en 2017. Je suis en outre opposé à ne baisser que les impôts des entreprises, parce que je veux un équilibre entre ce qui sera fait pour elles et pour les ménages. Nous devons répondre au sentiment de déclassement des classes moyennes qui ont été matraquées fiscalement par l'actuelle majorité. Sur les 35 heures enfin, le principe sera la liberté dans l'entreprise pour fixer le temps de travail, avec deux règles simples: il faudra un accord des salariés, y compris grâce à un référendum interne, et toutes les heures travaillées devront être payées. C'est un autre élément de différence avec ceux qui proposent 39 heures payées 35, ce qui est injuste et irréaliste.

Qu'est-ce qui vous rend certain que les Français adhéreront à votre projet économique?

Mon projet a trois vertus. La première, c'est qu'il est fondé sur des valeurs largement partagées en France: le travail, le mérite, la famille, l'équité entre le public et le privé. La seconde, c'est qu'il est très concret. Je ne fais pas des promesses pour dans 4 ou 5 ans: les mesures que je propose seront votées à l'été 2017. Et surtout, je demande un effort important aux Français en matière de réduction des dépenses publiques, c'est vrai, mais il est contrebalancé par 40,5 milliards de baisse immédiate de prélèvements. Et si je gagne, j'aurai tout dit avant, à commencer par les mesures difficiles. Aucun Français n'aura été pris par surprise et ne s'estimera trahi. C'est une différence fondamentale avec ce qui s'est passé depuis 2012, et c'est la condition du succès des réformes en France.

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Publié dans Interwiew

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