Interview de Nicolas Sarkozy pour le groupe EBRA

Publié le par La rédaction

Nicolas Sarkozy a répondu aux questions du groupe Est Bourgogne Rhône Alpes.

"Je veux une alternance véritable, déterminée, qui montrera que la période Hollande est définitivement tournée"

Quelle est votre motivation pour briguer un deuxième mandat présidentiel ?

Je veux une alternance véritable, déterminée, qui montrera immédiatement que la période Hollande est définitivement tournée. La situation de la France et l’ampleur des défis que nous avons à relever l’exigent. La République recule et l’autorité de l’Etat n’a jamais été autant contestée. L’intégration en France ne fonctionne plus, il y a en France six millions de chômeurs, les impôts les plus hauts d’Europe, 238 personnes sont mortes victimes du terrorisme en moins de deux ans.

Par quoi avez-vous été surpris au cours de cette campagne ?

La colère de la majorité silencieuse. J’ai perçu une colère profonde, muette, qui ne s’exprime pas toujours mais qui est latente.

« La France de la vie réelle » dont vous voulez être le porte-parole, va- t-elle encore voter ?

Comment changer les choses si on ne vote pas ? Comment peser sur les événements si on n’affirme pas un choix ?

Elle dit ne plus croire en la politique…

Les cinq années de mensonges de Hollande ont décrédibilisé la politique. Et pourtant, sur le terrain, je ressens surtout une grande attente d’action. Partout où je me déplace, les salles sont combles. Le peuple de France attend que s’écrive une nouvelle page.

Est-ce suffisant pour ne pas être le « président de l’impuissance » ?

Je ne crois pas à une France bloquée et rétive aux changements. Je crois surtout qu’une pensée unique, si majoritaire dans une petite élite mondaine, veut interdire de parler d’immigration, d’islam politique, de sécurité, du décrochage économique de notre pays. Pour ne pas être le Président de l’impuissance, il faut tenir ce discours de vérité. Il faut tout dire avant, pour tout faire après.

Votre campagne est axée sur l’autorité et la sécurité. Est-ce plus important que l’économie et l’emploi pour les Français ?

Je n’oppose pas l’un et l’autre. Mais, comment ne pas parler de l’autorité et de la sécurité, trois mois et demi après l’attentat de Nice ! On ne peut pas assassiner impunément dans les rues de France. C’est la raison pour laquelle j’ai annoncé un référendum, le 18 juin 2017 pour demander aux Français s’ils sont d’accord pour que l’on puisse mettre, de façon préventive, en rétention administrative tous les individus fichés S considérés dangereux. Je proposerai aussi, lors de ce référendum le 18 juin 2017, la suspension du regroupement familial et la réduction d’un tiers du nombre de parlementaires.

Vous voulez baisser massivement les impôts (10%) et supprimer les charges pour les emplois familiaux. Est-ce financièrement réaliste ?

J’assume de vouloir supprimer les cotisations sociales sur les emplois familiaux jusqu’au SMIC. Cela se traduit par une baisse de 20% immédiatement pour ceux qui y ont recours. J’assume d’autant plus que l’économie française manque d’emplois peu qualifiés. Sur les 6 millions de chômeurs, 80% n’ont pas le bac ! Les emplois familiaux sont un gisement d’emplois immenses. Sur la baisse des impôts, on n’a pas le choix. Les classes moyennes sont désespérées. Si elles ne dépensent pas, l’économie ne fonctionnera pas.

Comment on finance ?

Simultanément, je déposerai simultanément devant le Parlement un texte de réduction de 100 milliards de dépenses publiques et 40 milliards de baisse d’impôts, dès le mois de juillet. L’impôt sur le revenu baissera pour tous de 10%. Il y aura des décisions difficiles : 300 000 fonctionnaires en moins, la durée du travail portée à 37 heures dans la fonction publique d’Etat et payées 37 heures et pas 39 heures payées 35, la dégressivité des allocations chômage, la suppression de l’aide médicale d’urgence, la diminution du taux de prise en charge de 76 à 73% de l’Assurance maladie.

La droite peut-elle gagner avec de telles mesures ?

Je ne suis pas un libéral pur et dur. Je ne suis pas un idéologue. Je crois au rôle de l’Etat, à la nécessité de protéger les Français : les moyens, les effectifs des forces de sécurité et de défense seront préservés. Mais nous devons sortir de cette situation dans laquelle nous avons les impôts et les dépenses publiques les plus élevées d’Europe. Mon programme est équilibré et cohérent, je me sens capable, avec mon expérience de l’expliquer aux Français. Il n’y aura pas de mauvaises surprises.

Vous opposez l’alternance molle et l’alternance forte. Y a-t-il deux droites en France ?

Je n’ai aucun problème personnel avec M. Bayrou mais un problème politique. Il a voté Hollande et nous a donc fait entrer dans le socialisme. Qu’a promis M. Juppé à M. Bayrou en échange de son soutien, en plus de lui accorder un grand nombre de sièges de députés ? Je refuse que la future majorité soit sous le chantage permanent de M. Bayrou qui s’est par exemple opposé à la réforme des retraites en 2010. C’est un choix politique majeur : je ne ferai pas d’alliance avec M. Bayrou car il veut mener une politique de gauche. Je veux une alternance franche, pas une alternance molle. La violence de la charge dont il a fait preuve à mon égard ce week-end démontre à quel point il utilise le langage de la gauche et rend désormais injustifiable une quelconque alliance entre le vainqueur de l’élection primaire et François Bayrou.

Mais si vous êtes élu en mai, cela vaudra référendum…

Oui, mais pour la suspension du regroupement familial il faudra aussi engager la modification de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, qui au travers du « droit à une vie familiale normale », donne dans les faits un droit à la régularisation pour de nombreux clandestins. Car contrairement à ce que dit Alain Juppé, le regroupement familial ne concerne pas seulement une dizaine de milliers de personnes. L’Afrique va doubler sa population, on ne peut pas continuer à promettre comme en 1974 le regroupement familial automatique à toutes ces familles. Les Français se prononceront. Si j’ai la force du référendum avec moi, nous aurons beaucoup plus de poids dans les futures négociations avec nos partenaires européens.

Vous voulez reculer l’âge légal de la retraite. Comprenez-vous l’inquiétude des artisans qui ont commencé à travailler très jeune ?

Plus important que l’âge de la retraite est le rythme avec lequel on y arrive. Je propose 63 ans en 2020 et 64 ans en 2025. Nous n’avons pas le choix. C’est une évidence face à l’espérance de vie qui ne cesse de croître.

Grâce à la réforme de 2010, le régime d’assurance vieillesse est équilibré. Je préfère qu’on travaille plus, plutôt qu’on augmente les cotisations ou, pire, qu’on baisse les pensions. Pour ceux qui ont commencé très tôt, le nombre de trimestres travaillés jouera à plein. S’il y a des problèmes de pénibilité actés par un médecin, le départ anticipé pourra s’appliquer.

Les zones frontalières ont des problèmes spécifiques, notamment fiscaux. Que proposez-vous ?

J’ai le plus grand respect pour des gens qui travaillent dur et font quotidiennement de longs trajets. Je supprimerai tout de suite le prélèvement de l’impôt à la source, qui ne simplifiera pas la vie des contribuables et constituera une charge pour toutes les entreprises. J’ai demandé à Laurent Wauquiez qui est pleinement mobilisé sur cette problématique en tant que Président de Région et François Baroin de se saisir de la question frontalière pour voir comment on peut aménager la fiscalité des zones frontalières et qu’elles se trouvent moins défavorisées par la concurrence toute proche. Enfin, la France ne peut pas être le seul pays au monde qui n’aurait pas le droit de défendre ses frontières. Face à la crise migratoire, je souhaite un système où la France ait des frontières effectivement protégées, et qu’elle puisse décider de qui entre sur son territoire et de qui en sort. C’est le Schengen II que je propose.

toutpourlafrance.fr

Publié dans Interwiew

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