L'interview de Nicolas Sarkozy dans Famille Chrétienne

Publié le par La rédaction

L'interview de Nicolas Sarkozy dans Famille Chrétienne

Rencontre avec Nicolas Sarkozy sur sa vision de la famille et du pouvoir.

Famille Chrétienne: Que pouvez-vous dire aux électeurs catholiques de 2007 et 2012 qui ont voté pour vous et qui doutent aujourd’hui ?

Nicolas Sarkozy: Je sais que la parole publique est frappée d’un grand discrédit, notamment à cause des mensonges de la gauche depuis 2012. Je peux avoir déçu sur tel ou tel point mais, président de la République, je n’ai pas menti. À ceux qui se préparent à voter en 2017, je veux redire les paroles du grand Mandela. « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends. » En 2007, j’ai gagné. En 2012, j’ai appris.

Quelle est votre position sur la PMA et sur la GPA ?

Je considère que la stérilité partielle est un tel problème pour les couples hétérosexuels que si la médecine peut favoriser la fertilité, je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas. Je parle évidemment pour les couples hétérosexuels.

Concernant la GPA, je suis opposé pour les couples homosexuels comme pour les couples hétérosexuels, car elle ouvre la voie à la marchandisation du corps humain que je refuse. Je considère qu’il n’y a pas de droit à l’enfant. Il y a un désir d’enfant. L’enfant est un mystère. Quand on croit, c’est un mystère divin. Quand on ne croit pas, c’est un mystère tout court.

Seriez-vous prêt à constitutionnaliser l’interdiction de la GPA ?

Je suis favorable à une initiative internationale. L’idée serait de pouvoir interdire aux ressortissants de pays qui n’acceptent pas la GPA – comme la France – de la pratiquer dans des pays où elle est autorisée. Cela permettrait d’éviter qu’on contourne la loi par l’argent et par l’extraterritorialité.

Comprenez-vous les familles françaises qui iront manifester le 16 octobre prochain contre la loi Taubira ? Est-ce un combat d’arrière-garde ?

La politique familiale, héritée du général de Gaulle, a été méthodiquement déconstruite depuis 2012. Victimes d’un matraquage fiscal, les familles ont été prises pour cible par ce gouvernement. Ce n’est donc pas un combat d’arrière-garde ! Je déteste qu’on caricature les gens. C’est cela, tenir compte de la France dans sa diversité.

Un récent sondage indiquerait que la majorité des Français ne souhaiterait plus l’abrogation de la loi Taubira. Cela valide votre stratégie ?

Mes convictions, vous les connaissez. C’est un sujet que j’ai longuement abordé dans La France pour la vie (1) en expliquant pourquoi je ne reviendrai pas sur la loi Taubira. On ne va pas démarier ! On ne choisit pas sa sexualité, le besoin d’amour est le même qu’on soit hétérosexuel ou homosexuel. Et il n’y a pas d’amour sans reconnaissance sociale.

Pour surmonter la crise morale et sociale, la France a-t-elle besoin d’un homme providentiel ?

Je ne crois pas au mythe du sauveur. Je crois en revanche à l’autorité et à la nécessité d’une vision. Mon ambition n’est pas de sauver la France à moi tout seul – ce serait d’une grande arrogance et voué à l’échec –, mais de créer les conditions d’un immense rassemblement. Je veux être le déclic, le fédérateur. Au fond, je veux être le porte-parole de la majorité silencieuse.

Après l’assassinat du père Hamel,​ l’Église a voulu se garder de la colère et prendre les armes de la prière. Peut-on pardonner à des terroristes ?

Le rôle de l’Église, c’est l’amour, l’accueil et le pardon.

Y compris des terroristes ?

Le pardon est une conviction chrétienne. L’Église, face à ces barbares qui assassinent ce pauvre homme de 84 ans, est dans sa logique spirituelle et historique de pardonner.

Qu’est-ce qui a changé depuis que la France est confrontée au terrorisme islamiste sur son propre sol ?

Il y a une prise de conscience de l’immense majorité de nos compatriotes que, ce qui est attaqué, c’est l’idée même de la France. Cette France qu’ils ont reçue de leurs parents et leurs grands-parents. Il en va de notre héritage. La France n’est pas une page blanche. L’héritage, c’est la solidarité avec tous ceux qui nous ont précédés. Ils nous ont transmis un témoin. Ce qu’ils ont ensemencé profitera aux générations suivantes. Ce que nous faisons aujourd’hui profitera ou pénalisera les générations d’après. Nous sommes des passeurs en réalité. Nous sommes de passage, nous sommes des « égarés », pour reprendre le titre d’un livre de Jean d’Ormesson.

Les Français peuvent-ils aussi s’égarer dans la violence ?

Je pense que les peuples ne changent pas. Dans le tempérament politique français, il y a une forme de violence. Et qui s’est traduit à de nombreuses reprises dans notre histoire nationale. Il y a donc une forme de tradition d’emportement français. Quand j’étais en responsabilité, j’ai toujours essayé d’apaiser ces emportements. À l’inverse de la pensée unique, je crois que formuler les douleurs françaises, cela les apaise. C’est la négation de la douleur qui attise. C’est l’impuissance qui rend tout possible, ce sont la règle et l’autorité qui rassurent.

Si la vie est sacrée, est-il possible un jour de légaliser l’euthanasie, y compris à l’adresse des mineurs comme nos voisins belges ?

J’ai toujours été opposé à l’euthanasie. La seule exception pour moi, c’est quand la vie n’est plus la vie, qu’on n’est plus que souffrance, qu’artificialité. Je comprends qu’on arrête la vie quand elle n’est plus la vie. J’ai toujours pensé qu’il y avait une zone grise qui appartenait au secret du patient, de sa famille et du médecin, et qui ne devait pas être codifiée.

Tous les médias vous présentent comme une personnalité « clivante ». Est-ce que vous assumez cette image ?

Vous vous souvenez certainement de cette chanson magnifique de Guy Béart [il poursuit en fredonnant, Ndlr] « le chanteur a dit la vérité, il doit être exécuté… ». C’est un des classiques de la vie… tout court. Celui qui dit la vérité est bien souvent stigmatisé, parce qu'il est tellement plus simple de critiquer celui qui décrit la réalité que de s’attaquer la réalité. À en écouter certains, la violence n’existe pas. C’est la description qu’on peut faire de la violence qui existe ! On peut parler de la violence sans être violent.

Sans susciter la violence et la polémique ?

Je le répète : c'est la règle qui apaise, c'est l’autorité qui rassure, c'est la description de la réalité qui transforme la douleur en action positive. Il faut entendre la douleur, c’est le message de l’Église. Notre-Dame-des-Douleurs, c’est catholique ! Est-ce clivant de décrire la réalité ? Est-ce clivant d’entendre la douleur ? Je ne cesserai jamais de tenir le langage de la vérité, condition indispensable pour rétablir le lien de confiance avec les Français.

Mais la politique n’est pas un confessionnal ?

Évidemment. Je veux juste vous faire comprendre que ceux qui refusent de voir la réalité ne savent pas quoi en faire. Le déni des réalités du quotidien vécu par les Français n’est pas ma politique.

Vos échecs continuent à vous marquer ?

La vie n’est qu’une succession d’épreuves. Pour tout le monde. L’échec professionnel, l’échec personnel, l’épreuve de la maladie… Je ne connais aucune exception, c’est une règle. Le bonheur est dans l’épreuve surmontée, pas dans l’épreuve évitée. L’échec est fondateur parce qu’il fait mal, le succès n’apprend rien parce qu’il fait du bien. L’épreuve fait partie de ma vie. Et j’ai essayé à chaque fois que j’ai connu des échecs – et j’en ai connus – d’en tirer des leçons. C’est cet indispensable retour sur expérience qui fonde aujourd’hui mon engagement pour la France.

L'entretien complet ici: famillechretienne.fr

Publié dans Interwiew

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