L'interview de Nicolas Sarkozy dans La voix du nord

Publié le par La rédaction

PHOTO LA VOIX DU NORD / BONNIERE PASCAL
PHOTO LA VOIX DU NORD / BONNIERE PASCAL

Dans une interview dans nos colonnes, Nicolas Sarkozy veut renégocier les accords du Touquet et obliger les Britanniques à accueillir sur leur sol les demandeurs d’asile lors du traitement de leur dossier.

– Regrettez-vous la signature des accords du Touquet en 2003 ?

« Je veux tout d’abord rendre hommage au calme des habitants du Calaisis, qui font preuve de sang-froid, de générosité et d’un grand sens des responsabilités. Depuis des années, ils portent sur leurs seules épaules l’attrait du Royaume-Uni pour des migrants du monde entier. Tous ces gens n’ont nullement la volonté de s’installer dans le Pas-de-Calais, ni même en France.

Pourquoi devrais-je regretter les accords du Touquet qui disent que la frontière française doit être gardée par des policiers et des douaniers français ? Imaginons que la police française ne garde pas l’entrée du tunnel : y aurait-il plus ou moins de migrants ? Plus, à l’évidence. Tout le monde le reconnaît. Il y a entre la France et la Grande-Bretagne une frontière maritime et une frontière terrestre qui est l’entrée du tunnel. »

– Vous ne voulez pas déplacer la frontière à Douvres.

« La frontière de la France se situe à l’entrée du tunnel. S’il n’y avait plus de contrôles du côté français, on créerait un appel d’air considérable, avec comme résultat d’avoir encore plus de migrants, mais encore moins de coopération policière et douanière avec les Britanniques. Les deux côtés seraient perdants.

Mais, puisque la plupart de ces étrangers viennent à Calais pour passer en Grande-Bretagne, je veux que nos amis britanniques assument désormais le traitement des demandes de ceux qui veulent l’asile chez eux, dans un centre fermé, en Grande-Bretagne, et assument également le retour de ceux qui seront déboutés. Ce n’est pas sur le sol français que l’on doit traiter des dossiers d’admission pour entrer sur le territoire britannique. »

– Comment organiser le transfert de ces migrants vers un hotspot en Angleterre ?

« Plutôt que de laisser des migrants rester des mois dans les campements du Calaisis, sans que leur dossier ne soit traité, il faut qu’ils soient contrôlés par des équipes policières et douanières anglaises et françaises. Ces équipes décideront si la demande relève du centre fermé qui aura été créé en Angleterre, et dans ce cas le migrant sera immédiatement renvoyé dans ce centre, ou si elle devra être étudiée dans des centres fermés en France. Dans mon esprit, les dossiers devront être traités sur le sol britannique. C’est la seule solution pour organiser le démantèlement de la Jungle et arrêter l’appel d’air pour l’avenir, parce que les migrants ne pourront plus simplement attendre le bon moment pour passer en Angleterre. »

– Ce sera au migrant de choisir dans quel pays il ira ?

« Pour l’essentiel, ils veulent aller au Royaume-Uni et la solution que je propose permet d’apporter une vraie réponse. Par ailleurs, la France doit cesser d’être aussi laxiste face à tous ceux qui ne respectent pas les critères de l’asile et n’ont pas vocation à obtenir le statut de réfugié. Ils doivent être renvoyés dans leur pays, ce que le Gouvernement actuel ne fait pas, puisque les expulsions de clandestins ont baissé de 20 % sur les six premiers mois de l’année. On ne peut pas continuer à être l’un des seuls pays d’Europe à ne pas renvoyer en Afghanistan, au Soudan et en Érythrée ceux dont la demande d’asile a été refusée. D’autres le font, par exemple les Britanniques, car eux assument de renvoyer dans le même avion ceux qui doivent l’être. »

– Soutenez-vous Bernard Cazeneuve dans sa volonté de démanteler la Jungle ?

« Peut-on parler sérieusement de volonté du ministre quand les faits démontrent l’inverse ? Les socialistes sont au pouvoir depuis quatre années et demie. Il y avait 900 migrants à Calais en 2012. Aujourd’hui, il y en a plus de 10 000. Où est la volonté ? »

– Comment sortir de cette situation à Calais ?

« La vérité, c’est que le Gouvernement est en train de répartir une partie de la jungle de Calais sur l’ensemble du territoire. Je ne peux pas accepter que non seulement la situation ne soit pas réglée à Calais mais qu’en plus on organise la même dans d’autres villes de France.

Rien ne pourra être résolu si on ne pose pas les bases d’une nouvelle politique migratoire. Schengen n’existe plus dans les faits. Le mécanisme de réadmission de la Convention du Dublin ne fonctionne plus, ce qui signifie concrètement qu’une personne entrée par exemple par la Hongrie et qui reste illégalement ensuite en France n’est plus systématiquement renvoyée en Hongrie. Le devoir du gouvernement français est de rétablir des contrôles aux frontières. C’est ce que nous ferons tant qu’il n’y aura pas un deuxième Schengen. Ne serait-ce que la semaine dernière, les Italiens ont reçu 14 000 migrants. À ce rythme, ils en auront un million l’année prochaine. Si les frontières de la France et de l’Europe continuent d’être poreuses, on ne résoudra jamais le problème.

Jamais la pression migratoire n’a été aussi forte et pourtant les reconduites à la frontière baissent de 20 %. Et cette pression migratoire est d’autant plus grave pour la France que notre système social est bien plus généreux qu’ailleurs. Je demande la suspension du droit au regroupement familial tant qu’il n’y a pas le Schengen 2 que nous réclamons. Je demande également la suppression de l’Aide médicale d’État et qu’aucun étranger en France ne puisse bénéficier de prestation non contributive avant cinq ans pour ne pas rentrer en France uniquement pour avoir des allocations sociales. Tant qu’on n’a pas une politique nationale, on ne peut pas résoudre Calais. »

– Et pour la Jungle ?

« Sur Calais, mon intention est de me rendre à Londres dès le lendemain de l’élection présidentielle pour négocier les conditions d’un nouvel accord du Touquet avec ouverture d’un hotspot : si vous ne la démantelez pas tout de suite, elle ne le sera jamais. La Jungle sud a été démantelée, pas la zone nord. Regardez ce qui s’est passé sur les terrains connexes : c’est devenu une véritable ville à part entière, où prospèrent des échoppes et des supérettes illicites. Comment ne pas comprendre l’exaspération de tous les commerçants du Calaisis qui eux respectent la loi et payent leurs impôts ? »

– Le démantèlement devra donc se faire après la négociation avec les Anglais.

« Jamais on n’aurait dû laisser la situation se dégrader comme cela. Plus on attend, plus c’est difficile. Il faut un plan d’ensemble : évacuer la Jungle, donner des moyens puissants au tribunal de Boulogne, qui n’est pas adapté à l’explosion des délits et parfois des crimes. Je soutiens totalement les habitants du Calaisis qui manifestent aujourd’hui. Il y a maintenant des attaques en bandes contre les transporteurs sur l’autoroute ! »

– Viendrez-vous à Calais pendant la campagne ?

« La question n’est pas de venir à Calais pour faire du buzz ou pour prendre une photo, mais pour faire des propositions concrètes. Je suis fier d’être citoyen d’honneur de Sangatte. Je parle très souvent de la situation avec Xavier Bertrand et Natacha Bouchart. Calais sera pour moi un dossier prioritaire. La question du Calaisis devra être traitée dès le mois de mai 2017, par des décisions d’ordre public pour ce qui est de la Jungle et par une action internationale. Les deux actions prioritaires de la politique internationale de la France ce sera une initiative franco-allemande pour relancer le processus européen et une discussion avec nos amis britanniques pour gérer notre frontière commune. »

– N’est-ce pas inhumain, comme le dit Alain Juppé, de vouloir supprimer le regroupement familial ?

« Ce qui est inhumain, c’est de faire croire à des malheureux qu’ils ont un avenir alors que dans notre pays, il n’y a pas de logement, pas d’emploi pour eux, pas de moyens financiers. Dans les 30 ans qui viennent, il y aura 200 millions d’habitants dans le Sahel avec un nombre d’enfants par femme trois à quatre fois supérieur à l’Europe. Pouvons-nous continuer comme si de rien n’était ? Je refuse que dans cette campagne on ne dise pas la vérité aux Français. Le regroupement familial a été suspendu pour les réfugiés par Mme Merkel. Si ce n’est pas inhumain vu de l’Allemagne, pourquoi ce le serait vu de la France ? »

– Vous dites souvent « il faut tout dire avant pour tout faire après ». Beaucoup de Français s’interrogent : pourquoi n’avez pas tout fait avant, pendant votre quinquennat ?

« Quand un journal fait une nouvelle maquette, le lecteur se demande pourquoi il ne l’a pas faite avant. Vous répondez : il a fallu le temps d’apprendre, d’écouter, de comprendre, de tirer les conclusions, sur ce qu’on a bien fait, mal fait ou pas fait. J’ai été candidat en 2012, car j’étais convaincu qu’il y avait encore beaucoup à faire. Pendant une grande partie du quinquennat, les observateurs trouvaient que j’en faisais trop. Voilà maintenant que je n’en ai pas fait assez. Cette prochaine campagne va me donner l’occasion de tirer les conséquences de ce que j’ai appris de la France et des Français. »

– Gérald Darmanin vous a quitté en janvier en fustigeant vos méthodes et votre entourage. Sa présence à vos côtés signifie-t-elle que vous avez entendu ses critiques sur « les débats identitaires nauséabonds » et « le religieux qui hystérise notre vie politique » ?

« Gérald et moi, nous ne nous sommes pas séparés à cause de désaccords de fond. Par ailleurs, un candidat à la présidence de la République doit rassembler. Gérald est un de nos plus brillants espoirs. Il est un remarquable coordinateur de campagne. »

– Faut-il un code de bonne conduite pour la campagne de la primaire, comme le réclame Alain Juppé ?

« Je ne crois pas aux codes de bonne conduite. Je crois à la bonne conduite tout court. Je ne suis pas naïf. Ce sont les électeurs et les Français qui jugeront ceux qui agressent et ceux qui rassemblent. Si nous voulons gagner, dans deux mois et demi nous devrons impérativement nous rassembler. Quel spectacle donnerions-nous si nous avons passé deux mois et demi à nous déchirer pour ensuite dire qu’on s’entend ? Je ne doute pas que tous ceux qui critiquent ou qui attaquent auront oublié leurs critiques demain si nous gagnons et feront tout pour faire gagner celui qui aura remporté la primaire. »

.lavoixdunord.fr

Publié dans Interwiew

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article