Estrosi: « Mettre un terme à la folie fiscale de Monsieur Hollande »

Publié le par La rédaction

Estrosi: « Mettre un terme à la folie fiscale de Monsieur Hollande »

Dans un long entretien au "Point", Christian Estrosi décrypte le projet de Nicolas Sarkozy

Selon un récent sondage Odoxa, les Français sont plus nombreux à adhérer au programme économique du candidat Alain Juppé. Comment réagissez-vous en tant que porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy ?

Christian Estrosi : Je prends acte, mais il faudrait étudier ces opinions dans le détail, en prenant chaque proposition une à une. Nicolas Sarkozy est entré en campagne depuis quinze jours, son livre Tout pour la France, toutes éditions confondues, bat des records de vente. Et la moitié de cet ouvrage est consacré aux réformes économiques dont la France a besoin. J'ai la faiblesse de penser que ceux qui achètent ce livre sont ceux qui voteront aux primaires. Nicolas Sarkozy avance des propositions très précises et, surtout, applicables dès l'été 2017 – ce qui n'est pas le cas des autres candidats à la primaire

Allons droit au but : que préconisez-vous pour combattre le chômage ?

La baisse du chômage dépend de la relance de la croissance. Et celle-ci n'aura pas lieu sans restriction massive, à tous les niveaux, de la fiscalité qui redonnera du pouvoir d'achat aux ménages et de la compétitivité aux entreprises. Je ne suis pas seulement le porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy ; je suis un acteur de la politique et de l'économie qui, depuis quatre ans, défend une vision. À Bordeaux, M. Juppé a-t-il baissé les impôts ? Il les a plutôt augmentés, oui ! Moi, je n'ai jamais augmenté aucun impôt en huit ans dans toutes les collectivités que j'ai dirigées. La première chose que j'ai faite en arrivant à la tête de la région Paca en décembre a été de supprimer un impôt sur les véhicules propres. À Nice, j'ai réduit la taxe d'habitation après sept ans sans l'avoir augmentée. Une des conditions majeures de mon soutien à Nicolas Sarkozy est l'engagement de sa part à diminuer les impôts et les charges à tous les étages. Et je me porte garant que ces engagements pris seront tenus.

La fiscalité, c'est le nerf de la guerre ?

Oui, et nous prônons une politique globale en la matière. Nicolas Sarkozy défend une baisse de l'impôt sur le revenu de 10 %. Pour les droits de succession, l'impôt le plus injuste qui soit, nous avions décidé une exonération à 200 000 euros, les socialistes l'ont ramené à 100 000 euros ; nous nous engageons aujourd'hui à porter ce chiffre à 400 000 euros, et par enfant. Pour la transmission des entreprises, s'il y a un engagement à préserver le même nombre de salariés, ce sera une exonération jusqu'à 85 % des droits de succession. Et nous souhaitons une exonération des charges, tant patronales que salariales, pour un revenu équivalent à 1,6 smic. Nous voulons aussi la suppression des charges pour les heures supplémentaires – je vous rappelle que Nicolas Sarkozy avait, en 2007, réalisé la défiscalisation des heures supplémentaires. En résumé, notre programme signifie 7 milliards de baisses de charges pour les ménages et 11 milliards pour les entreprises. Voilà qui permettra de mettre un terme à la folie fiscale de monsieur Hollande.

Trop de matraquage fiscal et de laxisme budgétaire, c'est l'axe sarkozyste ?

Nous ne créerons des emplois que, je le répète, par la relance de la croissance. Nous devons aider les entreprises à investir dans leur outil de travail, et notamment dans le tissu industriel pour endiguer la chute incessante de la production française. Il s'agit aussi de mener une politique d'aides aux exportations afin que la France soit plus concurrentielle face à des pays qui produisent dans des conditions sociales et environnementales plus favorables. Tout cela exige, en contrepartie, des économies importantes. Notre objectif ? 100 milliards d'euros d'économies sur les dépenses publiques. Comment y parvenir ? En supprimant 300 000 emplois publics inutiles. C'est possible. En moins d'un an, à la région Paca, j'en ai déjà supprimé 150 rien qu'en jouant sur les doublons administratifs. Nous voulons encourager les fonctionnaires à travailler plus. En arrivant à la tête de Paca, j'ai découvert qu'environ 20 % de l'administration travaillait 28 heures payées 35 ! C'est compliqué avec les syndicats, mais j'impose un changement de rythme. Nous devons harmoniser le statut des employés du public sur ceux du privé.

À l'échelle nationale, quelles autres sources d'économies avez-vous identifiées pour financer votre programme ambitieux ?

Je préconise, notamment, une lutte acharnée contre le travail au noir, en expansion à cause des 35 heures. C'est un cancer qui ronge notre société et nous coûte très cher. Il faut renforcer les sanctions à l'égard de ceux qui emploient des personnes au noir ; sanctions qui seront levées à partir du moment où un contrat de travail est établi. Nous proposons une exonération fiscale totale (elle n'est que de moitié actuellement) pour l'embauche d'une aide à domicile (garde d'enfants, ménage, jardinage... ).

Vous voulez agir sur les indemnités chômage. De quelle manière ?

Déjà, en revoyant la durée du système d'indemnisation. Et moi, je voudrais aller plus loin encore, en incitant au zéro inactivité. Tous ceux qui touchent une allocation chômage devraient être tenus à une formation de qualification. Je propose qu'au bout d'un certain temps – huit à dix mois – nous ne versions plus d'allocations à celui qui n'a pas réussi à retrouver un emploi, et que cet argent soit versé à toute entreprise qui signe un contrat de travail de deux ans à une personne sans emploi. Cela coûtera la même chose à l'État, et sera plus efficace.

Quelles sont les relations entre Nicolas Sarkozy et les patrons ? À l'université d'été du Medef, on sent qu'il a un peu crispé la salle…

J'étais sur place, je n'ai pas du tout la même perception que vous. Nicolas Sarkozy a décliné ses propositions en ayant le mérite d'être très direct. Et au fil de son propos, j'ai senti, au contraire, un enthousiasme monter. Beaucoup de décideurs de haut niveau, de grandes entreprises, mais aussi de PME sont venus me dire après que c'est de Nicolas Sarkozy dont notre économie a besoin, notamment pour les industries du futur, et le numérique en particulier. Pour les investissements d'avenir, il est celui des candidats qui leur parle le mieux.

Les relations avec les dirigeants économiques ne sont-elles pas plus fluides avec Alain Juppé ou François Fillon qu'avec Nicolas Sarkozy ?

La dernière fois qu'il y a eu deux points de croissance en France, c'est sous Nicolas Sarkozy, en 2011. Plus jamais, depuis, la France n'a atteint ce niveau. Tout le monde garde en mémoire qu'il est l'homme qui a créé les pôles de compétitivité, qu'il a, en son temps, lui, défendu Alstom, tristement malmené ces jours-ci, et qu'au pire de la crise des subprimes, en 2008-2010, il a sauvé le système bancaire français… J'étais alors son ministre de l'Industrie, et nous avons préservé des centaines de milliers d'emplois en triplant le crédit impôt recherche, en développant les primes à la casse sans lesquelles Renault et Peugeot auraient disparu, en organisant les relations entre sous-traitants et donneurs d'ordres filière par filière, en sauvant notre industrie pharmaceutique qui figure aujourd'hui au troisième rang mondial… Nous avons besoin de l'expérience d'un président, qui a eu, certes, des échecs, mais connu aussi des réussites, et qui, surtout, s'engage à réformer dès l'été 2017. J'ai du respect pour les autres candidats, mais certains sont sur la scène politique depuis bien longtemps et, pour autant, ne peuvent revendiquer un tel bilan.

Comment redonner aux investisseurs « l'envie d'avoir envie » comme le chante l'ami de Nicolas Sarkozy, Johnny Hallyday ?

Vous tombez bien : c'est ma chanson préférée. Je vais vous répondre en prenant l'exemple de Paca. Depuis mon élection en décembre à la tête de la deuxième région de France en PIB par habitant, nous n'avons jamais autant enregistré de demandes d'entreprises pour des soutiens financiers afin d'investir dans la modernisation de leur outil de travail. Pourquoi ? Parce que nous avons créé un guichet unique destiné à recevoir les dossiers, avec une réponse fournie sous quinze jours, et une aide à l'investissement débloquée sous un mois. Parce que nous avons mis en place un fonds régional d'investissements de 94 millions d'euros alors que celui-ci était de… 3 millions d'euros sous mon prédécesseur. J'ai augmenté le budget pour l'économie de 12 %, soit 4 millions d'euros en plus. Nous consacrons 50 millions d'euros pour soutenir les entreprises dans l'accès à des prêts à taux zéro, et 110 millions d'euros pour des garanties bancaires. L'addition de toutes ces mesures permet une montée en puissance des investissements, la modernisation des outils de production et de recherche ainsi que l'implantation d'entreprises extérieures souvent étrangères. Je mise tout sur les entreprises. J'ose imaginer que cette politique les incitera à se développer. Dès que leurs dirigeants se sentent aidés et considérés, ça marche ! De la même façon, j'ai toujours cru aux partenariats public-privé, grâce auxquels un euro investi par la collectivité produit un effet de levier de minimum 10 euros. Le projet de Nicolas Sarkozy pour la France s'inscrit dans le droit fil de cette politique que je mène dans ma région.

PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME CORDELIER

lepoint.fr

Publié dans Interwiew

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