L'intégralité de l'interview de Nicolas Sarkozy dans le Figaro

Publié le par La rédaction

L'intégralité de l'interview de Nicolas Sarkozy dans le Figaro

« Mon seul sujet, c'est la France. Elle mérite qu'on lui donne tout. C'est ce que je m'engage à faire »

Pourquoi avoir choisi de déclarer votre candidature à l'élection présidentielle de 2017 par le biais d'un nouveau livre ?

Ce livre est un serment républicain, c'est un pacte. Il m'engage dès aujourd'hui comme il m'engagera pour les cinq ans du prochain quinquennat. Avec cet ouvrage, j'ai voulu solenniser mes principaux engagements et expliquer comment je les mettrai en œuvre. Aujourd'hui, face à la défiance à l'endroit de la parole politique, l'écrit est la meilleure façon de donner une crédibilité. Ce que je dis, je le ferai. Présenter mon projet simultanément à ma déclaration de candidature, c'est placer les solutions avant les questions de personnes, c'est créer les conditions d'un vaste rassemblement autour des propositions que je fais. C'est également faire comprendre que le prochain mandat doit commencer dès le premier jour de la campagne, car tout ce que l'on n'aura pas dit avant comme candidat, on ne le fera pas ensuite comme président. Tout dire avant est la première des conditions pour pouvoir tout faire après. Ce livre correspond à mon exigence de vérité et de clarté. Il n'y aura pas, d'une part, l'histoire de la campagne et, d'autre part, l'histoire du mandat. Si je suis élu le 27 novembre (à la primaire, ndlr), l'histoire aura commencé le 22 août et se terminera à la fin de mon mandat.

Vous dites avoir beaucoup hésité avant de prendre votre décision d'être candidat. Qu'est-ce qui a fait pencher la balance ?

J'ai beaucoup réfléchi pour savoir si j'étais l'homme de la situation. Je n'ai aucun esprit de revanche, ni aucune amertume ; ces deux sentiments ne seront jamais mon moteur. Il ne s'agit pas non plus d'une aventure personnelle. Il s'agit de constater que devant la situation profondément grave que connaît la France aujourd'hui, l'énergie, l'autorité, l'expérience, la volonté seront les qualités déterminantes pour redresser la France. Je ne crois pas qu'on m'ait jamais fait le procès d'en manquer.

Qu'avez-vous pensé des polémiques autour du burkini sur les plages ?

Porter un burkini est un acte politique, militant, une provocation. Les femmes qui le portent testent la résistance de la République. Ne rien faire, c'est laisser penser que la France apparaît faible et ce serait acter un nouveau recul de la République. C'est précisément tout ce dont je ne veux plus comme des millions de Français parce que la République a déjà trop reculé. Je propose une loi qui interdise tout signe religieux ostensible non seulement à l'école, mais également à l'université, dans l'Administration et aussi dans les entreprises. Je comprends parfaitement qu'on me dise qu'une jeune fille de 20 ans a son libre arbitre. Mais la situation qui est la nôtre est profondément anormale. La majorité est aujourd'hui provoquée par des comportements minoritaires qui veulent s'imposer et qui sont à l'opposé de nos valeurs républicaines, à commencer par l'égalité de l'homme et de la femme. Pendant des décennies, il a fallu défendre les minorités contre une forme d'oppression majoritaire. Aujourd'hui, c'est la tyrannie des minorités. Si nous n'y mettons pas un terme, le risque, c'est que dans dix ans les jeunes filles de confession musulmane qui ne porteront pas le voile ou le burkini seront montrées du doigt et seront sous la pression quotidienne de l'entourage. La vérité m'oblige à dire que cela a déjà commencé.

Vous allez vous heurter au Conseil constitutionnel, au Conseil d'État et à la Cour européenne des droits de l'homme…

On m'a déjà opposé l'état de droit! Mais le droit n'a-t-il pas pour objet essentiel de protéger notre société? L'état de droit n'a rien à voir avec l'immobilisme. La société avance et le droit s'adapte. C'est toute l'histoire des sociétés. Si le Conseil constitutionnel s'y oppose, on peut réformer la Constitution, ou même interroger directement les Français. On a révisé de très nombreuses fois la Constitution depuis 1958, je ne vois pas pourquoi on nous explique aujourd'hui qu'on ne pourrait pas le faire sur des sujets aussi importants qui touchent à nos valeurs. J'ai fait une révision constitutionnelle en 2008 introduisant la question prioritaire de constitutionnalité. Quant à la CEDH, je rappelle que ce texte date du début des années 50, certains enjeux ont profondément évolué, ne serait-ce qu'en matière de terrorisme, et je ne vois pas pourquoi, là encore, le droit ne pourrait pas s'adapter.

Mais il y a aussi le Conseil d'État…

Alors, dans ce cas, je propose que vous mettiez un conseiller d'État, président de la République, un membre du Conseil constitutionnel, Premier ministre et un avocat général de la Cour de cassation, garde des Sceaux. Et attendez bien tranquillement que la révolte des peuples les emporte! D'ailleurs, je constate que certains pays ont commencé à agir, à l'image du gouvernement de Mme Merkel qui a décidé, sans que personne ne lui en fasse le procès, de suspendre le regroupement familial pour les réfugiés syriens. Si je suis élu président de la République, la France prendra l'initiative d'une renégociation de l'article 8 de la CEDH concernant le regroupement familial. Entendez bien, je ne condamne pas l'institution, car je crois à l'utilité d'une Cour européenne des droits de l'homme et de son texte fondateur, mais je demande à ce que l'on fasse preuve de bon sens et que l'on interprète les règles à la lumière des défis et de la réalité migratoire actuelle.

Vous proposez de suspendre le regroupement familial

Il faut suspendre le regroupement familial tant qu'on ne s'est pas mis d'accord sur un Schengen II. Le regroupement familial a été décidé en 1976 dans un contexte bien particulier, où il n'y avait pas de chômeurs et pas de difficultés d'intégration. Aujourd'hui, les temps ont considérablement changé. Il faut le suspendre en France tant qu'il n'y aura pas, en Europe, une authentique et réelle politique migratoire commune et des frontières européennes protégées. Cela pourra prendre plusieurs années.

Mais que proposez-vous pour les titres de séjour obtenus par les mariages mixtes qui représentent la moitié de l'immigration familiale ?

Je ne vais quand même pas interdire aux gens de se marier! Mais nous devons également être lucides face à la multiplication des cas de fraude. Je propose également que le droit du sol, qui doit rester notre principe de base, ne soit plus aussi automatique. Il y a trop de dérives. Je pense à des situations vécues outre-mer, par exemple à Mayotte ou en Guyane. Il doit y avoir une présomption d'acquisition à 18 ans de la nationalité française, sauf si la personne concernée a un passé de délinquant ou si les parents étaient en situation irrégulière au moment de la naissance.

Il faudra une décision de justice ?

Non. La présomption tombera automatiquement. Le fait d'avoir un casier judiciaire entraînera la décision administrative de refus d'acquérir la nationalité française. Vous avez là un des éléments d'une nouvelle politique d'accès à la nationalité française bien plus exigeante, fondée sur l'assimilation et plus seulement l'intégration.

Concrètement, qu'est-ce que cela veut dire ?

Je veux que la République soit beaucoup plus exigeante sur les conditions dans lesquelles on peut rester sur notre territoire et devenir français. L'accès aux allocations sociales pour un étranger ne sera plus possible avant cinq ans de résidence. Je veux également qu'on fasse passer de cinq à dix ans le délai de résidence pour pouvoir être naturalisé français. Devenir français, cela signifie partager une langue, une histoire et un mode de vie. Apprenons d'abord le français à l'école avant de se préoccuper de l'apprentissage des langues du pays d'origine. Au fond, s'il n'y a pas d'assimilation, il n'y aura pas d'acquisition de la nationalité française. C'est une condition sine qua non.

Comment vérifiez-vous l'assimilation ?

Chacun de ces éléments peut être aisément vérifié en préfecture, notamment la maîtrise de la langue française et le partage de nos valeurs. On ne mesure pas à quel point d'autres pays en Europe sont beaucoup plus exigeants que nous. Regardez ce que font la Suède ou les Pays-Bas, ou même l'Allemagne.

Comment pensez-vous que toutes vos mesures vont être accueillies ?

Quand la règle est incertaine, quand la main tremble pour l'appliquer, quand chacun peut tester la fermeté de la République en étant assuré qu'elle n'en a point, le risque d'affrontement est réel. Quand la communauté nationale est considérée comme faible et incapable de défendre les citoyens, ceux-ci se tournent vers leur communauté d'origine. L'application de la règle est donc un grand élément d'apaisement des tensions. Souvenez-vous du discours de M. Hollande en 2012? Il allait rassembler la France! Il n'a cessé de la diviser. Personne ne demande à qui que ce soit de renoncer à ses convictions. Mais, on ne peut pas dire «je veux être français, mais à ma façon», en s'exonérant du mode de vie français, de la langue française, de l'histoire de France et de nos principes.

Est-ce que cela fait de votre projet un projet de rupture ?

Mon projet, c'est le retour de l'autorité, la défense sans faille de la République, le vote dès l'été 2017 des mesures essentielles pour cesser d'être les champions européens des impôts et des dépenses publiques, la préservation de notre identité, et surtout de répondre à la réalité du quotidien des Français. J'avais utilisé le mot de rupture en 2007 car, à l'époque, il s'agissait d'une succession à l'intérieur de la famille de la droite. J'avais décrit mes désaccords avec Jacques Chirac sur l'identité, sur la baisse des impôts, sur l'Europe, sur le refus de l'entrée de la Turquie. Il ne s'agit pas aujourd'hui de rupture, il s'agit d'alternance. D'une alternance franche, claire, forte, incontestable. Je prends un exemple: quelle serait la légitimité de l'opposition aujourd'hui à dénoncer les 50 milliards d'augmentation d'impôts de François Hollande si l'alternance ne se traduisait pas immédiatement par un programme massif de baisse des impôts ?

Cette alternance sera-t-elle brutale? Hollande dit que vous êtes dans la brutalité

Je ne répondrai à aucune des attaques de François Hollande. À quoi cela servirait-il? Un président de la République qui a le temps d'alimenter de confidences deux livres de journalistes en les recevant tout au long de ce quinquennat à plus de 90 reprises, je vous dirai simplement que nous n'avons pas, François Hollande et moi, le même sens des priorités et la même conception de la fonction. La brutalité, c'est celle qui est faite à la majorité silencieuse qui ne reconnaît plus la France, qui est accablée d'impôts, à qui on veut imposer des idées qui n'ont jamais été les siennes, et qu'on présente comme égoïste et sans cœur si elle n'est pas d'accord avec la vulgate de la pensée unique. Je veux être le candidat de la majorité silencieuse des Français qui disent «ça suffit!». Et nous sommes nombreux à le penser. Ça suffit !

Comment convaincre ceux que vous avez pu décevoir en 2012 ?

J'ai été battu en 2012 et je reconnais la singularité de ma position. J'ai été président de la République. Je connais les choses, j'ai l'expérience. Qui viendrait me dire, après ces quatre années, qu'on a besoin d'un capitaine pour petit temps ou d'un capitaine qui a besoin d'apprendre son métier ? Laissons les Français juger. Depuis que je suis revenu, nous avons gagné toutes les élections locales, notre formation politique a été redressée. Pour le reste, laissons le débat prospérer, j'ai l'intention d'y apporter des idées nouvelles et ma détermination.

Dans La France pour la vie, vous expliquiez ne pas être allé assez loin…

La France pour la vie était un retour d'expérience sur les leçons que j'ai tirées de l'exercice du pouvoir. Tout pour la France propose une vision pour l'avenir de notre pays. C'est précisément parce que j'ai regardé le passé avec lucidité que je sais exactement ce qu'il faut faire à l'avenir.

Vous voulez rétablir les peines plancher pour les multirécidivistes. Mais les juges ne les appliquaient pas au nom de l'individualisation des peines.

La récidive est un sujet d'exaspération majeure des Français qui ne comprennent pas que des individus puissent multiplier les crimes et les délits quand eux sont sanctionnés à la moindre petite infraction. Je propose, dans le respect de l'individualisation des peines, un système simple et qui sera particulièrement dissuasif: au bout de trois crimes ou délits, la peine augmentera automatiquement de 25%. Au bout de cinq, de 50%. Au bout de dix, de 100%.

Vous proposez des centres de rétention administrative pour les djihadistes présumés. La justice ne pourra-t-elle pas s'y opposer ?

On est dans l'incohérence la plus complète: comment expliquer aux Français qu'on ne pourrait pas placer en rétention administrative de façon préventive quelques centaines d'apprentis djihadistes particulièrement dangereux alors que dans le même temps, plus de 70.000 décisions administratives d'internement sont prises pour des raisons psychiatriques? Où est la logique? Où est la cohérence? Je veux l'application d'un véritable principe de précaution dans ce domaine.

Que faites-vous des djihadistes qui commencent à revenir en France ?

Pour moi c'est clair: la prison pour commencer, le centre de déradicalisation pour terminer. Il est quand même effrayant de penser que dix-huit mois après l'Hyper Cacher et Charlie Hebdo, il n'y a pas une place créée en centre de déradicalisation. Le djihadisme doit être véritablement combattu. La cour de sûreté antiterroriste que je propose de créer réalisera cette exigence de fermeté.

Vous annoncez une baisse des impôts rapide et forte. Est-ce possible avec les contraintes budgétaires de la France ?

Je propose de réduire de 100 milliards d'euros sur cinq ans les dépenses publiques. Ces économies financeront deux choses: le désendettement de la France et la baisse des impôts. Si on ne réduit pas les impôts dès 2017, l'économie française passera à côté de l'un de ses principaux défis. Il faut cesser de dire aux Français que ce doit être l'un ou l'autre. Il faut les trois: moins de dépenses publiques, moins d'impôts, moins de déficits.

Donc vous commencez tout de suite par une baisse de l'impôt sur le revenu ?

Je commence simultanément par faire voter dès 2017 les baisses d'impôts et les baisses de dépenses publiques. Faire voter immédiatement les deux ensemble n'a jamais été fait. En matière d'impôts, l'impôt sur le revenu sera réduit de 10% pour tous. Les charges pesant sur le travail seront réduites de 34 milliards d'euros et ces baisses seront concentrées sur les bas salaires. C'est crucial si on veut redevenir compétitif.

Pourquoi concentrez-vous ces baisses sur les bas salaires ?

Car l'économie française ne fabrique pas assez d'emplois à faible qualification. Il faut donc concentrer ces baisses sur les bas salaires jusqu'à 1,6 fois le smic.

Après les baisses de charges, viennent les baisses d'impôts. Y a-t-il d'autres baisses d'impôts ?

Les classes moyennes ont été matraquées par ce gouvernement. Je supprimerai toutes les charges sur les emplois familiaux, ce qui représente 20% de coût en moins pour un emploi à domicile ; c'est un sujet essentiel notamment pour les personnes en situation de dépendance ou de handicap et pour favoriser la conciliation de la vie familiale et professionnelle, en particulier pour les femmes. Je veux également supprimer l'ISF et mettre en place une taxe forfaitaire de 26% sur les revenus de l'épargne, comme en Allemagne. Les heures supplémentaires seront à nouveau défiscalisées, mais les entreprises auront la possibilité, en plus, de sortir des 35 heures sous réserve de négocier cette sortie avec les salariés et que les heures soient payées (37 heures payées 37, 38 heures payées 38, 39 heures payées 39). Et enfin, je considère qu'après avoir travaillé toute sa vie pour transmettre le produit de son travail, on n'a pas à payer d'impôt sur la succession. Je propose donc, là encore comme en Allemagne, une franchise de 400.000 euros par enfant.

Vous allez donc plus loin qu'en 2007 ?

Oui, car entre-temps il y a eu avec François Hollande 50 milliards d'euros en plus pour les ménages et les entreprises.

Ces baisses d'impôts vont représenter un énorme manque à gagner pour l'Etat! Comment les financez-vous ?

Par les 100 milliards d'économies de dépenses publiques sur cinq ans qui seront en large partie votés dès 2017. Je propose notamment de réduire le nombre de fonctionnaires de 300 000 en cinq ans, de reporter l'âge du départ à la retraite à 63 ans en 2020 et 64 ans en 2025, de réduire le taux de remboursement de l'assurance-maladie de 76 à 73 %, de faire passer la fonction publique à 37 heures (payées 37 heures) et d'y instituer deux jours de carence, ou encore de calculer à l'avenir les retraites dans le public exactement comme dans le privé (sur les vingt-cinq dernières années et non pas simplement sur les six derniers mois), et enfin de supprimer tous les régimes spéciaux.

Mais vous allez vous heurter à de fortes oppositions ?

Non ! Je pense que le premier défi, c'est celui de la vérité. C'est ce que j'écris dans mon livre. Alors si c'est le premier défi, disons vraiment la vérité !

Ne va-t-on pas vous reprocher de faire des cadeaux aux riches et aux entreprises ?

Quand je propose le rétablissement des heures supplémentaires, je pense aux ouvriers et aux employés. Quand je supprime les charges sur les emplois familiaux, je pense aux familles. Quand je baisse le coût du travail, je pense à tous ceux qui cherchent un travail et n'ont pas beaucoup de qualifications. La baisse des impôts, elle sera pour tout le monde. Quant à la question de l'ISF, il faut dire clairement qu'on ne peut pas être dans l'Europe et garder l'ISF pour la simple raison que la plupart des autres pays européens n'ont pas cet impôt. Cadeaux aux entreprises? Si l'ouvrier agricole espagnol est payé moitié moins cher que l'ouvrier agricole français, si dans les abattoirs allemands, l'ouvrier polonais est payé 25% moins cher, la France ne sera plus une terre de production. J'en ai assez de ces faux débats qui nous tirent vers le bas. Mon problème, c'est la France et ses 6 millions de chômeurs. Sur la fonction publique, disons la vérité: trop de services ne travaillent pas 35 heures. Depuis les accords Jospin des années 2000, certains sont entre 28 et 32 heures. Peut-être que l'on va dire que c'est moi qui fait scandale en évoquant cela, mais c'est la vérité, et la vérité doit être dite. Et elle doit être dite également sur le fonctionnement du dialogue social en France. Il n'évoluera jamais si nous ne supprimons pas le monopole de représentation syndicale au premier tour des élections professionnelles, ou si on ne donne pas au chef d'entreprise le droit de consulter directement ses salariés par référendum quand les syndicats bloquent tout changement au sein de l'entreprise.

Vous proposez pour la fiscalité du patrimoine une taxe forfaitaire de 26% comme en Allemagne. Pourquoi ne pas aussi instaurer une «flat tax» sur les revenus ?

Soyons sérieux. La «flat tax» consiste à dire à quelqu'un qui ne paye pas d'impôts, qu'il en payera 15%, et à celui qui en paye 60%, qu'il en payera 15%.

Mais ainsi tous les Français payeront des impôts. Au lieu de moins d'un sur deux aujourd'hui !

Ce n'est pas exact ! Si c'est vrai pour l'impôt sur le revenu, il ne faut pas oublier qu'il y a, en plus de la TVA, la CSG, créée en 1989.

Pour revenir à la baisse des impôts et les économies réalisées, vous allez avoir un décalage dans le temps entre les deux et vous augmenterez les déficits !

Avec 100 milliards d'économies, les déficits baisseront très fortement et la dette également. C'est exactement l'inverse de ce qui s'est passé depuis 2012, où les impôts ont augmenté de 50 milliards et la dette également, contrairement à ce qui s'est passé dans les grands pays européens. Le problème français porte un nom: le poids des dépenses publiques. La solution que je propose est inédite. Le même jour, au mois de juillet 2017, seront déposés au Parlement trois textes de loi. L'un sur la baisse des impôts, l'autre sur la baisse des dépenses, et le troisième sur les mesures de compétitivité. Pour les observateurs, les marchés et nos partenaires européens, les baisses d'impôts seront votées en même temps que les réductions de dépenses, ce qui à leurs yeux sera le plus important.

Dans le même temps, je souhaite qu'une initiative franco-allemande soit prise dès le 7 mai. Si je suis élu, j'irai voir Mme Merkel pour lui proposer une initiative franco-allemande d'un nouveau traité européen fondé sur trois principes: réformer l'organisation de l'Europe avec notamment la mise en place d'une présidence stable de la zone euro, qui devra être assurée par un chef d'Etat ou de gouvernement et de mon point de vue allemand ou français. Le respect du principe de subsidiarité en réservant les compétences européennes à une petite dizaine de priorités stratégiques (agriculture, industrie, recherche, politique commerciale, concurrence…), en renvoyant le reste aux États et en remettant la Commission dans le rôle qu'elle n'aurait jamais dû dépasser, celui d'organe d'exécution. Troisième principe, la clarté sur les frontières de l'Europe et donc notamment sur le statut de la Turquie, qui n'a pas vocation, ni aujourd'hui ni demain, à être en Europe.

Angela Merkel serait-elle prête à bouger sur ces points ?

Angela Merkel est une personne avec qui l'on peut discuter et qui sait évoluer quand l'intérêt général européen l'exige. C'est ce qui s'est passé pendant la crise de la zone euro, avec le gouvernement économique de l'Europe ou sur le mécanisme de stabilité, deux sujets sur lesquels elle était au départ réticente. Force est de constater que depuis 2012, la France a pris tellement peu d'initiatives qu'elle n'a pas eu l'occasion de tester la capacité de négociation de Mme Merkel.

Abrogerez-vous la loi travail ?

Oui, parce que le texte sur la compétitivité que nous ferons voter à l'été 2017 contiendra une vraie réforme du marché du travail et non pas les mesurettes de la loi El Khomri.

C'est votre première campagne dans le cadre d'une primaire. Vous êtes un outsider…

La question n'est pas là. Chaque campagne a sa vérité. Je ferai campagne comme je sais le faire avec un devoir de vérité et un très grand engagement. Après, j'essaierai qu'il y ait des débats sans que cela ne tourne aux règlements de comptes et à la division de la famille. C'est l'engagement que je rappelle dans Tout pour la France.

Vous affirmez qu'il faut dire la vérité. Alain Juppé ou François Fillon ont annoncé vouloir donner leur structure de gouvernement avant l'élection. Vous le ferez aussi ?

J'ai dit ma volonté de travailler en équipe avec François Baroin et une nouvelle génération, de même que ma volonté de laisser la présidence de notre formation politique à Laurent Wauquiez et à Eric Woerth la fonction de secrétaire général.

Ce ne sera donc pas une présidence collégiale ?

Le président des Républicains sera Laurent Wauquiez. Et Eric Woerth sera secrétaire général. Ce sont les statuts approuvés par une très large majorité qui le prévoient.

Et le Premier ministre, ce sera François Baroin ou on a mal compris ?

C'est le mieux placé. J'ai une très grande confiance en lui.

Est-ce que vous aussi, quand vous êtes entré à l'Élysée, vous vous êtes dit que c'était plus dur que ce que vous aviez imaginé ?

Je ne l'aurais pas dit comme cela. Je savais que c'était difficile, notamment parce que j'avais été ministre de l'Intérieur pendant plusieurs années et que je connaissais l'exigence des plus hautes responsabilités. Ce qui est préoccupant, c'est qu'il ne s'en soit rendu compte qu'après.

Vous expliquez l'importance de tenir un discours très clair, mais entre François Baroin et Laurent Wauquiez, vos électeurs ne vont-ils pas se dire que ce sont deux lignes différentes ?

Quelle est la difficulté de la politique? Rassembler des gens aux convictions parfois différentes et leur donner une cohérence. Quelle est la force d'un leader? Transcender des différences entre les uns pour donner une énergie collective commune.

Sur votre programme ?

Vous voulez dire qu'il y a un chef? Oui, c'est vrai. Mais le chef est légitime quand il sait assurer la cohérence de l'ensemble, pas sur le plus petit dénominateur commun.

Qu'avez-vous pensé de la visite d'Emmanuel Macron au Puy du Fou? C'est une forme d'ouverture dans l'autre sens.

Je n'ai rien contre M. Macron mais je pense que les Français attendent du ministre de l'Économie qu'il s'occupe d'abord d'économie. Je constate par exemple que deux mois après le Brexit, le gouvernement n'a toujours pris aucune initiative concrète pour attirer en France les entreprises aujourd'hui basées à Londres.

Ne craignez-vous pas que, dans l'entre-deux-tours, vos adversaires fassent campagne sur le «Tout sauf Sarkozy»

Je n'ai connu que le «Tout sauf Sarkozy» ma vie durant! Je crains le jour où il n'y en aura plus. Depuis 2002, c'est une constante. On n'a parlé que de cela, y compris quand j'ai été candidat à la présidence de l'UMP. Je ne le crains pas. Pendant des mois on m'a dit: «Alors, vous êtes fini». J'étais devenu le cimetière le plus visité du monde !

Dans votre précédent livre, vous parliez de vos mises en examen. Vous n'en parlez plus dans celui-ci. Pourquoi ? Ce n'est plus un sujet pour vous ? Ce ne sera pas un élément de campagne ?

J'en ai longuement parlé dans La France pour la vie. Le seul changement depuis, c'est que le nombre des affaires s'est considérablement réduit. J'ai eu plusieurs non-lieux depuis sa publication.

Vous finissez votre livre par une adresse directe, par une anaphore, répétant six fois de suite «Nous sommes la France»… Est-ce une manière de répondre à celle de François Hollande, «Moi, Président» ?

Mon seul sujet, c'est la France. Elle mérite qu'on lui donne tout. C'est ce que je m'engage à faire. Nous devons nous souvenir de ce que nous sommes. Nous sommes la France. Un pays qui a réussi de très grandes choses, et qui peut en réussir de plus grandes encore.

sarkozy.fr

Publié dans Interwiew

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