L'intégralité de l'interview de Nicolas Sarkozy dans le JDD

Publié le par La rédaction

L'interview de Nicolas Sarkozy dans le JDD

L'interview de Nicolas Sarkozy dans le JDD

Mardi, Les Républicains tiennent une convention sur l’énergie. François Hollande vient de confirmer qu’il signerait cette année le décret de fermeture de la centrale de Fessenheim. Si vous étiez élu en 2017, remettriez-vous en cause cette décision ?

La fermeture de Fessenheim est une erreur historique. L’Autorité de sûreté nucléaire, après avoir examiné la centrale, lui a accordé plusieurs années d’exploitation supplémentaires. A lui seul, le site de Fessenheim fournit notamment l’électricité de toute la région Alsace. Elle rapporte plus de 300 millions d’euros de bénéfices à EDF et elle ne pose aucun problème de sécurité. De deux choses l’une : soit les centrales sont dangereuses et dans ce cas, la France comptant 58 réacteurs nucléaires, pourquoi fermer ceux de Fessenheim et pas les autres ? Soit ce n’est pas dangereux et dans ce cas-là pourquoi fermer Fessenheim ? Uniquement, par pure tactique électorale, pour rattraper désespérément les écologistes ? On est très loin du sens de l’Etat.

François Hollande a reporté à 2019 les décisions concernant d’autres éventuelles fermetures de centrales pour ramener de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité…

En cas d’alternance, nous abrogerons l’objectif de ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité en France. Le nucléaire est un atout pour la compétitivité française. Considère-t-on que la France a trop d’atouts ? La question n’est pas de savoir si on est pour ou contre le nucléaire. Il n’y a simplement aucune alternative crédible à l’énergie nucléaire. Il faut donc maintenir le parc actuel, et investir pour développer une nouvelle génération de centrales. Grâce au nucléaire, je veux rappeler que la France est le pays européen qui émet le moins de gaz à effet de serre.

Jusqu’à quel point peut-on prolonger indéfiniment et sans risques la vie des centrales nucléaires ?

Les Etats-Unis viennent de prendre la décision de porter la durée de vie de leurs centrales à 60 ans. Certains envisagent 80 ans. Mais le choix ne doit pas être politique. La décision doit être celle des seules autorités de sûreté. J’ajoute que fermer des centrales coûterait trois fois plus cher que de les maintenir en l’état et de les moderniser. Nous n’avons pas de pétrole. Nous n’avons pas de gaz. Nous sommes indépendants à 75% grâce à notre production nucléaire. Nous exportons même de l’électricité. Ce n’est pas un hasard si tous les présidents de la République depuis le général de Gaulle, gauche et droite confondues à l’exception de M. Hollande, ont confirmé le choix du nucléaire. Jusqu’à M. Hollande, le nucléaire n’était pas un élément de la bataille politique.

L’Etat a volé au secours d’EDF qui rencontre des difficultés, spécialement dans ses projets de construction d’EPR. C’était nécessaire ?

Je veux rendre hommage à EDF, grande compagnie nationale, et à la qualité remarquable de ses personnels. La situation d’EDF est très préoccupante, parce qu’EDF a un actionnaire, l’Etat, qui n’a plus les moyens de lui permettre d’investir. On demande à EDF de reprendre Areva, décision que je soutiens, et on lui interdit d’avoir des prix qui correspondent à ses coûts de revient. La seule solution sera donc d’ouvrir le capital d’EDF pour lui permettre d’investir dans son développement : investir dans l’EPR, et notamment en Grande-Bretagne, mais aussi investir pour développer un nouveau modèle de centrales de milieu de gamme, qui permette de gagner des appels d’offre dans d’autres pays. Mais cette ouverture du capital d’EDF ne peut être que partielle : le nucléaire est une activité stratégique et il ne peut être question d‘une privatisation à 100% d’EDF.

En cas d’alternance, remettriez-vous en cause les décisions prises par le gouvernement en matière de développement de l’éolien et du photovoltaïque, ou sur la taxe carbone ?

Je crois aux énergies renouvelables et à la recherche. Mais je crains qu’à force de subventionner ce secteur on finisse par complètement déstabiliser l’ensemble du marché de l’énergie. Il faut aider les énergies renouvelables mais pas créer les conditions d‘une économie artificielle, ce qui est en train de se passer aujourd’hui. S’agissant de la taxe carbone, je demande son application aux frontières de l’Europe pour lutter contre le dumping de grands pays qui ne respectent pas toutes les règles environnementales que nous imposons à nos industriels. L’Europe doit se défendre. Dans la refondation européenne que je préconise, la question de la politique énergétique doit être clairement posée. Je souhaite en particulier la création d’un marché européen du carbone. Car cela ne peut pas continuer : nos amis allemands ne peuvent pas d’un côté subventionner les énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire -ce qui déstabilise les prix de l’énergie-, et rouvrir dans le même temps des mines à charbon. Parce que les émissions de gaz à effet de serre qui viennent de l’exploitation à outrance des énergies fossiles, c’est toute l’Europe qui en est responsable. On va se retrouver dans une situation où nous recevrons toutes les pollutions venues des centrales à charbon allemandes alors que nous, nous fermerons la centrale de Fessenheim qui n’émet pas de gaz à effet de serre.

Au début de l’année, Luc Chatel a déclaré que Les Républicains devaient être « le parti du gaz de schiste », le « parti des OGM ». Vous êtes d’accord avec ça ?

Les Républicains doivent être la formation politique qui croit au progrès, à la science et au développement. C’est la raison pour laquelle nous voulons réviser la Constitution pour remplacer le principe de précaution par un principe de responsabilité. Au nom de la précaution, nous ne pouvons pas être le seul pays au monde qui ne peut pas exploiter, chercher, innover. Prenons le gaz de schiste. Je suis opposé à la fracturation hydraulique. Mais ce n’est pas pour autant que j’accepte la décision prise par M. Hollande de refuser tout permis de recherche. La France peut-elle exister dans la compétition mondiale en s’interdisant toute recherche ? Il ne s’agit pas de savoir si l’on est pour ou contre le gaz de schiste, mais de laisser la recherche se poursuivre. La différence entre le principe de responsabilité et le principe de précaution est simple : au nom de la précaution, on s’abstient généralement de faire. Au nom de la responsabilité, on étudie d’abord et on prend ensuite les décisions qui s’imposent.

En juin, les habitants de Loire-Atlantique vont devoir dire oui ou non au projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes. Si vous étiez électeur, que voteriez-vous ?

Faut-il un nouvel aéroport pour Nantes et sa région ? Oui. Cet aéroport doit-il être à Notre-Dame-des-Landes ? Oui. Faut-il tolérer des zones de non droit comme celles qui se sont développées à Notre-Dame-des-Landes ? Non. Si nous revenons aux responsabilités, accepterons-nous l’occupation de parcelles entières de la République française par des zadistes ? La réponse est non. Ils seront évacués. Et je pose la question : de quoi vivent ces gens ? Du RSA ? Des subsides versés par certaines associations radicalisées qui elles-mêmes reçoivent des subsides publiques ? Il est temps qu’un Etat digne de ce nom reprenne les choses en main.

Par ailleurs, s’agissant d’environnement, je souhaite qu’enfin la communauté internationale prenne en main le premier problème de la planète, qui est celui de la démographie mondiale. Nous sommes 7 milliards d’habitants. En 2100, nous serons 11,5 milliards. La question des conséquences de cette démographie est donc centrale pour les grands équilibres de la planète. C’est pourquoi la démographie mondiale doit faire l’objet chaque année d’une conférence comparable à celle sur le climat. Je souhaite la création d’une institution internationale qui porterait l’organisation de cette conférence et qui mesurerait les évolutions démographiques, continent par continent.

Etes-vous favorable ou défavorable à la signature du traité transatlantique ?

En l’état actuel des choses, je suis clairement défavorable à la signature du traité transatlantique. Je crois à la liberté des échanges, à l’économie de marché et à la mondialisation. Mais je crois à la concurrence loyale, pas à la concurrence déloyale. Nous ne connaissons aucun des éléments concrets de l’accord. Or, c’est la totalité de notre élevage qui peut être bouleversé par ce traité. C’est la totalité de notre agriculture qui peut être profondément mise à mal. Nous n’avons pas le droit de prendre ce risque. Oui aux échanges avec les Etats-Unis mais sur la base de règles équitables. Et puis, qui a négocié ce traité ? Qui va le signer ? Je demande que les négociations internationales en Europe ne soient plus conduites par un commissaire mais par la présidence de l’Union européenne, c’est-à-dire par le président des chefs d’Etat et de gouvernement européens.

Que vous inspirent les résultats du premier tour de l’élection présidentielle autrichienne marqués par la percée de l’extrême-droite et l’élimination des partis de droite et de gauche regroupés jusqu’ici au pouvoir dans une même coalition ?

Voilà le résultat de la pensée unique et du gouvernement de grande coalition. Quand il n’y a plus de gauche, quand il n’y a plus de droite, il reste les extrêmes. Voilà le résultat d’une incompréhension totale de ce qu’est la démocratie. La démocratie, c’est le débat, la confrontation des idées, la confrontation des personnalités et des stratégies. Quand il n’y a plus de confrontation, quand il n’y a plus qu’une pensée unique, au fond quand il n’y plus qu’à choisir qu’entre une coalition molle et les extrêmes, on a une extrême droite à 35% et des partis de gouvernement à 11%. Ce qui s’est passé en Autriche peut se passer en France si la gauche et la droite ne se réveillent pas et si nous n’avons pas le courage de dire que l’alternance doit être franche. Si l’alternance est molle, si c’est la pensée unique, si c’est « un peu de gauche et un peu de droite », si c’est un discours tellement convenu qu’il passe au-dessus de la tête des gens parce qu’il ne correspond pas à la vie réelle, c’est le résultat que nous aurons. L’Autriche est un appel aux républicains de tous bords à se réveiller. Ayez le courage d’assumer vos idées et de proposer un choix clair !

Les Républicains sont-ils prêts à voter la loi Travail, même retouchée ou rétrécie ?

La loi El Khomri, c’est le Cid à l’envers. « Nous sommes partis 500 pour arriver 3000 au port… » Là, nous sommes partis pour assouplir le droit du travail et nous arrivons avec un projet de loi dont on nous dit qu’il va durcir les CDD et qu’il ne va pas assouplir les CDI. C’est exactement le contraire de ce qu’il fallait faire. Mais s’il y a tant de manifestants aujourd’hui, ce n’est pas tant la loi qui est en cause. Chacun a compris qu’elle a été vidée de son contenu. Ce qui est sanctionné, ce sont les mensonges de la campagne de 2012. Je rappelle qu’en 2012, François Hollande expliquait qu’il n’y avait pas de problème de coût du travail ou de droit du travail, mais que tout s’expliquait par la méchante « Finance » et les riches…

Ce mois-ci, le chômage a connu une baisse sans égale depuis l’an 2000. Est-ce que « la France va mieux », comme dit François Hollande?

La période que nous vivons me rappelle celle que nous avons vécue à la fin de l’année 2001 avec Lionel Jospin. Lionel Jospin et ses ministres disaient aussi: « la France va mieux ». Quelques mois plus tard, on a eu le 21 avril 2002. « La France va mieux », c’est un tel déni de réalité ! Les Français ne sont pas dupes des opérations de communication. Si nous prenons les trois catégories de chômeurs (A, B et C), le chômage a diminué le mois dernier de… 8700 personnes. Pour la seule catégorie A, il a augmenté de 610000 personnes depuis que Hollande est arrivé. Pour les trois catégories, il a progressé d’1,1 million de personnes depuis 2012. Et la France va mieux ?

Vous avez qualifié les participants à Nuit Debout de « gens qui n’ont rien dans le cerveau » …

Une simple observation d’abord : je vois les intermittents du spectacle occuper le Théâtre de l’Odéon, « Nuit debout » occuper la place de la République, des lycées occupés à Paris et en Province, alors même que nous sommes en état d’urgence… Comment le comprendre et surtout comment l’accepter ? Et que dire des violences auxquelles on a assisté, avec des policiers blessés, des commerces saccagés, et même la place de la République dégradée pendant des jours. Regardons le comportement de gens qui prétendent représenter une nouvelle façon de réfléchir à la politique : Alain Finkielkraut a essayé de nouer le dialogue avec ceux qui se présentent comme les porteurs d’une nouvelle démocratie ; si un service de sécurité n’était pas intervenu, que se serait-il passé. C’est ça la nouvelle pensée ? La vérité, c’est que c’est un mouvement d’extrême gauche, qui n’est porteur d’aucune idée constructive et que le Gouvernement a laissé faire pour des raisons là encore purement électorale. Nous payons très cher la faiblesse et la perte d’autorité au plus haut sommet de l’Etat. Je crois vraiment que les Français, dont le quotidien, c’est « jour debout, nuit couchée », sont exaspérés par ce mouvement « nuit debout, jour couché », dont on voudrait nous faire croire qu’il incarne l’espoir, alors qu’on ne parle que de quelques centaines de personnes qui ne se sont illustrées que par leur violence et leur sectarisme.

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

J’aime ce qui est franc, ce qui est authentique, ce qui est sincère. M. Macron a été le plus proche collaborateur de François Hollande -son secrétaire général adjoint- au cours des deux premières années de son mandat, c’est-à-dire au moment où a été enclenchée et votée la pire stratégie d’augmentation des impôts que la France ait jamais connue. M. Macron était dans le bureau à côté de celui du président de la République. Et il veut expliquer aux Français qu’il n’y était pour rien ? Cela fait deux ans qu’il est ministre de l’Economie et qu’il ne cesse pourtant de dénoncer la politique qu’il est en charge d’appliquer. Je pense que c’est du cynisme et le cynisme ne m’a jamais intéressé. J’ajoute que le même, membre de premier plan de ce gouvernement, vient de nous expliquer qu’il n’est pas de gauche. Il est de quoi alors ? Quelle est la couleur du cynisme ?

republicains.fr

Publié dans Interwiew

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