François Hollande tente une grande explication

Publié le par Nelly

François Hollande tente une grande explication

François Hollande tente une grande explication

Juste après la 90e minute de l’émission, dans le temps additionnel, les journalistes poseront à François Hollande la question sur sa candidature à un second mandat en 2017. Tout en connaissant la non-réponse par avance : le Président répétera qu’il dirigera les affaires du pays jusqu’au bout, qu’il conduira les réformes pour redresser la France et préserver son modèle social, qu’il consolidera « le modèle républicain » pour protéger les Français de la menace terroriste ».

À un an et une semaine de l’échéance, le temps du candidat n’est donc pas encore arrivé. Mais celui des grandes annonces du chef de l’État est déjà révolu. La loi El Khomri et le budget 2017 à la rentrée clôtureront le quinquennat. François Hollande confirmera ce soir que le Congrès ne se réunira pas à Versailles d’ici là pour réviser la Constitution. « Face à la pire crise que le pays traverse, nous avons uni les Français, donné les moyens aux forces de sécurité, augmenté le budget de la défense, conforté la laïcité sans la rendre discriminante », souligne-t-il. Pourtant, le crédit que lui accordaient les Français après les attentats s’est échoué sur le piteux épisode de la déchéance de nationalité et s’est vite épuisé devant le dépit sur sa politique économique et sociale.

Que peut-il encore dire aux Français, ce Président enfoncé dans une impopularité chronique, contesté dans son propre camp, taxé d’amateurisme dans la conduite des réformes et lesté de lourds boulets ? (lire ci-contre).

Au plus bas dans les courbes des sondages, François Hollande attend toujours l’inversion durable de celle du chômage. « Elle est plus difficile à réaliser en France qu’ailleurs du fait du dynamisme démographique : pour réduire le chômage, il faut un solde de + 160 000 emplois par an. A 0,4 % de croissance en début de quinquennat, c’était impossible. A 1,5 % nous pouvons y arriver », souligne-t-il, lucide et toujours optimiste avant d’énumérer les mesures prises pour l’emploi et pour la jeunesse (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, formation de 500 000 chômeurs, emplois d’avenir, pacte de responsabilité, postes dans l’Education, bourses).

« Personne n’est mieux placé que moi pour expliquer ce que nous avons fait », estime le Président. L’exercice pédagogique à ce stade du mandat équivaut selon lui à « lever les malentendus ». Ils sont nombreux. Ses détracteurs lui notifient que le François Hollande « ennemi de la finance » du discours de campagne du Bourget (2012) n’a pas été élu pour distribuer 40 milliards de baisses de charge aux entreprises (Pacte de responsabilité) et assouplir le code du Travail (loi El Khomri). Lui rappelle volontiers que dans ce même discours, il a évoqué la compétitivité, les pactes avec les partenaires sociaux et les accords dans l’entreprise. « Le rapport Gallois en octobre 2012 montrait qu’il y avait perte de compétitivité et risque de décrochage. On devait réagir », justifie le chef de l’Etat citant encore les redressements de PSA, de Renault, du chantier naval STX… Ce soir, il commencera à « reconstituer le puzzle du quinquennat : on a les pièces mais on ne voit pas l’image ».

A propos de puzzle, la gauche est éparpillée aux quatre coins du paysage politique. De son ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, « ni à gauche ni à droite », au mouvement Nuit Debout dont l’antienne est « ni Hollande-ni un autre ». « Si la gauche est trop étroite, elle a du mal à trouver un électorat. Mais avec un Front national à 25 %, les forces de gouvernement sont condamnées à un travail de cohérence », répond François Hollande. Une façon de signifier que la primaire de la gauche aurait du sens seulement si les vaincus acceptaient le ralliement sans condition au vainqueur.

Avec ou sans primaire, la candidature dépendra donc des fameux résultats. Parce qu’il gouverne, le Président endosse aussi le rejet général du système et de la classe politique. Il n’a pas dissipé le doute sur l’identité de la France de demain ni le sentiment de déclin de certains territoires à l’intérieur du pays et de la France à l’échelon mondial. Tel Chirac et sa fracture sociale, Nicolas Sarkozy et sa rupture avec l’immobilisme, ou lui-même en 2012 sur le thème du changement apaisé, François Hollande commence aussi la quête de la formule gagnante pour la confrontation avec le FN et l’adversaire de droite. Ce sera le boulot du candidat. Mais puisqu’il ne l’est pas encore…

PASCAL JALABERThttp://www.leprogres.fr/politique/2016/04/14/francois-hollande-tente-une-grande-explication-tugh

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