La chasse au Sarko, un sport devenu national

Publié le par La rédaction

La chasse au Sarko, un sport devenu national

Pour André Bercoff, l'«acharnement des juges» à l'égard de Nicolas Sarkozy, loin de précipiter la chute de l'ex-président, pourrait lui permettre de rebondir.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi est paru en octobre 2014 chez First.

Au fond, Nicolas Sarkozy devrait être mis en examen une fois par mois. Depuis le temps qu'on le soupçonne, qu'on le garde à vue, qu'on l'accuse, qu'on le présomptionne de culpabilité, qu'on le considère comme l'incarnation du Mal en politique et ailleurs, pourquoi ne pas lui faire effectuer, à dates fixes, l'aller-retour entre son domicile parisien et Fleury-Mérogis? Car enfin, cela devient proprement fatigant. Si, comme le disent la sagesse populaire, les brèves de comptoir et les soliloques monomaniaques, il n'y a pas de fumée sans feu, de Karachi à Bettencourt, de Bygmalion à Azibert, de Kadhafi aux Qataris, la liste est longue et il ferait beau voir que l'on n'arrive point à l'incontestable râteau qui le fera trébucher pour le compte.

La chasse au Sarko, un sport devenu national, auquel participent, avec le zèle et la vaillance que l'on devine, politiques, médiatiques, et juridiques, date d'il y a près d'une décennie. Elle a commencé sous sa présidence et n'a jamais cessé depuis de battre son plein. Il y a quelque chose d'intéressant et de révélateur dans cet acharnement focalisé sur sa personne. Il ne s'agit pas ici de prendre sa défense ou de savoir s'il mérite cet excès d'honneur ou cette indignité, mais de constater qu'il s'est rendu insupportable à un certain nombre de personnes, (en même temps que d'autres continuent à lui faire totalement confiance). Tout se passe en effet, comme si sa simple existence empêchait littéralement des milliers de d'hommes et de femmes de respirer et si seule sa disparition pourrait enfin leur ramener le bien-être auquel ils aspirent.

Il faut tuer le soldat Sarkozy pour sauver la République : tel est le crédo d'une pensée agissante qui fait plusieurs petits tours sans jamais s'en aller.

L'on peut toutefois se demander pourquoi ils ont tant de hâte à achever définitivement la bête, alors que les sondages le révèlent en mauvaise posture, que nombre de ses pairs ricanent in petto en répétant qu'il est fini et que ses efforts pour la primaire de novembre, puis pour la présidentielle de mai 2017 sont aussi pathétiques que vains ; alors que des juges l'attendent au tournant de toutes les affaires dont il a eu à connaître de près ou de loin, et que, sur papier comme sur écran, sur Internet comme dans les micros, sa chute finale est autant espérée, désirée, que programmée. Il faut tuer le soldat Sarkozy pour sauver la République: tel est le crédo d'une pensée agissante qui fait plusieurs petits tours sans jamais s'en aller.

Petit problème, cependant: trop de pub tue la pub, trop d'impôt tue l'impôt, et cet excès d'hallali risque peut-être de se retourner contre ses auteurs. A faire endosser à Sarkozy tous les péchés de la terre alors que le procès de tel grand argentier ou de tel député sont remis aux calendes grecques, ne serait-on pas en train de fabriquer une victime désignée, un bouc émissaire idéal, risque qui fera en sorte que même ceux qui n'ont aucune sympathie particulière pour l'ex-président, peuvent se dire que l'on exagère et lui accorderaient, à l'insu de leur plein gré, le bénéfice du doute? Car aujourd'hui l'alternative est claire: ou on a les preuves formelles que Sarkozy est coupable de tel ou tel délit, ou celles-ci ne sont pas démontrées. Dans le premier cas, c'est la fin de la partie et le retour à la case départ ou prison ; dans le second, l'animal politique se retrouvera auréolé de sa capacité à survivre et prospérer face à la coalition de ses adversaires de gauche comme de droite, de l'Elysée comme des Républicains. Même ceux qui le soutiennent comme la corde soutient le pendu, se retrouveront fort dépourvus si le non-lieu vient. En attendant, sur fond de grandes manœuvres et de petites magouilles, de conspirations des egos et d'ambitions en kit, de panique d'une classe politique qui court derrière sa légitimité, la chasse continue. Sans date limite.

lefigaro.fr

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